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Les pistes cyclables n’existent pas, ce sont des parkings !

vendredi 20 janvier 2017 à 12:50
Ceci est le billet 1 sur 2 dans la série Les pistes cyclables

À force de parcourir le brabant-wallon à vélo, j’ai eu une révélation : les pistes cyclables n’existent pas, ce sont tout simplement des parkings.

C’est aussi simple que cela et cela explique tout.

Dois-je accuser ce conducteur de me faire risquer ma vie en m’obligeant à brusquement me rabattre sur la chaussée sans avoir la moindre visibilité ?

Pas si l’on considère que cette bande est tout simplement un parking. Cet usage est encouragé par les pouvoirs publics qui utilisent cet espace pour mettre une signalisation temporaire.

Au moins, l’espace sert à quelque chose et cet usage ne bloque presque pas les possibilités de parking.

Au fond, si cela fonctionne pour les installations temporaires, pourquoi n’en serait-il pas autant pour les installations permanentes ?

Le terme « piste cyclable » est une sympathique blague mais soyons sérieux : qui utilise réellement un vélo pour se déplacer ? Alors qu’une route se doit d’être dégagée immédiatement, notre société considérant un embouteillage de plusieurs heures comme une catastrophe, les pistes cyclab…  pardon les voies de parking, elles, peuvent rester bloquées plusieurs jours.

Bien sûr qu’un cycliste ne pourra pas passer et devra risquer littéralement sa vie sur une voie rapide pour continuer son chemin. Mais il n’avait qu’à prendre la voiture comme tout le monde.

Plus sérieusement, je suis désormais convaincu que les pistes cyclables servent à tout sauf à passer à vélo. La preuve ? Il est explicitement demandé aux automobilistes de ne pas se garer sur les pistes cyclables lors de certaines manifestations.

Ces panneaux empêcheraient le passage d’un vélo mais nous savons désormais que les cyclistes n’existent pas vraiment.

À moins que les pistes cyclables ne soient pas des parkings ?

Mais que seraient-elles dans ce cas ? J’ai ma petite idée…  (à suivre)

 

Les photos de cet article et du suivant illustrent le combat quotidien d’un cycliste à travers les communes de Grez-Doiceau (bourgmestre MR), Chaumont-Gistoux (bourgmestre MR, Ecolo dans la majorité), Mont-Saint-Guibert (bourgmestre Ecolo) et Ottignies-Louvain-la-Neuve (bourgmestre Ecolo).

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Printeurs, l’épopée d’un feuilleton

vendredi 13 janvier 2017 à 14:50

Un soir d’août 2013, je me mis à écrire un début d’histoire qui me trottait dans la tête. Il est toujours difficile de dire d’où proviennent les idées mais peut-être avais-je fait évoluer « Les non-humains », un couple de nouvelles écrites en 2009 et 2012 dont j’avais préparé un tome 3 sans jamais l’achever.

Le thème de mon histoire était assez clair et le titre s’était imposé immédiatement : Printeurs.

Par contre, je n’avais aucun plan, aucune structure. Ma seule volonté était de placer la phrase qui clôturera le second épisode :

« Je suis pauvre mais je sais penser comme une riche. Je vais changer le système. »

Mon défi ? Publier un épisode par semaine et voir où me conduirait l’histoire.

Une nuit de septembre 2013, après 5 épisodes publiés, je me suis retrouvé dans un hôtel du centre-ville de Milan sans inspiration, sans envie de continuer.

Mes doigts se sont mis spontanément à écrire une autre histoire qui balbutiait dans mon cerveau, une histoire inspirée directement par les témoignages de survivants des camps de concentration nord-coréens et la découverte que ces prisonniers produisent des jouets ou des biens bon-marchés vendu en ce moment dans le reste du monde.

Avec ce très violent épisode 6, Printeurs se transforma. D’un feuilleton pulp cyberpunk gentillet, il devint une plongée noire et obscène dans ce que notre monde a de plus repoussant.

Le ton était donné : Printeurs n’allait pas ménager la sensibilité du lecteur.

Sans effort, les deux histoires de Nellio et de 689 continuèrent en parallèle tout en convergeant graduellement.

En cours d’écriture, le personnage d’Eva changea radicalement de finalité. Tout se mettait en place sans planification, sans effort conscient de ma part.

Malheureusement, Printeurs passa plusieurs fois au second plan pour de longs mois. Mais quelques lecteurs acharnés n’hésitaient pas à le réclamer et je voudrais les remercier : demander la suite d’un épisode est la plus belle des récompenses que vous pouviez me faire.

Au final, il m’a fallu 3 ans et demi pour finir les 51 épisodes de Printeurs et mettre un point final aux pérégrinations de Nellio, Eva et 689. J’avoue tirer une certaine fierté d’une particularité involontaire : dans une seule histoire cohérente, Printeurs se paie le luxe d’explorer de manière quasi-exhaustive toutes les interactions possibles entre le corps, la conscience et la technologie.

Terminer Printeurs est également un soulagement. En novembre 2013, en plus de Printeurs, je me suis lancé dans le challenge NaNoWriMo avec pour objectif d’écrire le roman : « L’Écume du temps ».

Les premiers 50.000 mots de ce roman ont bien été écrits mais je n’ai jamais achevé le reste, tiraillé en permanence entre me replonger dans l’Écume du Temps ou dans Printeurs.

J’ai donc décidé d’envoyer cette première version bêta et non-relue de Printeurs à tous ceux qui ont soutenu mon NaNoWrimo. Avec une promesse solennelle : désormais, je vais replonger dans l’Écume du Temps qui est très différent et beaucoup plus structuré que Printeurs.

Dans le courant du mois de janvier, j’enverrai également cette première version de Printeurs au format Epub à ceux qui me soutiennent sur Tipeee. Pour les autres, je vous invite à lire la série sur ce blog, dans l’Epub qui contient les 19 premiers épisodes ou sur Wattpad. Les derniers épisodes seront publiés sur ce blog progressivement.

J’espère que vous aurez autant de plaisir à lire Printeurs que j’en ai eu à l’écrire. Et si vous avez un éditeur dans votre carnet d’adresses, sachez que je serais enchanté de tenir dans mes mains une version papier de ce qu’est devenu et deviendra Printeurs.

Merci pour votre soutien, vos corrections, vos encouragements et…bonne lecture !

 

Photo par Eyesplash.

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Le trading est-il éthique ?

mercredi 11 janvier 2017 à 21:00

Comme beaucoup de gens, vous avez probablement un peu d’argent sur un compte d’épargne. Vous râlez que les taux d’intérêt soient si bas, cela ne vous rapporte rien ! Vous pensez également que les traders sont d’ignobles cyniques qui se font des millions sur votre dos, qu’ils sont responsables de la crise.

Moi, en tout cas, j’étais comme cela il n’y a pas si longtemps.

Et je ne me rendais pas compte à quel point ces positions sont bourrées de contradictions.

Le Bitcoin et la monnaie

Passionné par la décentralisation, je découvre un jour de 2010 le projet Bitcoin, qui construit une monnaie décentralisée. Le principe même du projet m’amène à découvrir le rôle complexe des banques dans la création monétaire.

Naïvement, je pensais que les banques prêtaient l’argent des épargnants. En réalité, un emprunt n’étant que la simple écriture d’une somme sur un compte, les banques peuvent prêter presqu’autant d’argent qu’elles le veulent. Elles créent littéralement de l’argent en prêtant. Cette création est cependant régulée par la loi. Au final, les banques doivent garder 1% de l’argent qu’elles prêtent dans leurs coffres.

Cela signifie que si vous mettez 1000€ sur un compte d’épargne, vous autorisez la banque à créer 100.000€ de prêts.

Les banques contrôlent donc l’argent et, par conséquence, le monde !

Le trading

En achetant, avec beaucoup de maladresse, des bitcoins, je découvris également le trading. Comme le nom l’indique, le trading consiste uniquement à acheter ou vendre un bien. Comme dans tout achat, il y’a un vendeur et un acheteur. Les deux sont convaincus de faire une bonne affaire.

Un trader professionnel cherche à acheter lorsqu’il pense que le bien va prendre de la valeur. Il va vendre lorsqu’il pense qu’au contraire les prix vont chuter.

Le fait d’acheter dans le but de revendre ultérieurement est appelé la spéculation.

Vu comme ça, difficile de trouver quoi que ce soit à redire. Si deux personnes souhaitent faire une transaction commerciale de leur plein gré, c’est parfaitement honnête.

Et pour peu que nous ayons de l’argent qui ne nous est pas utile immédiatement, nous allons naturellement spéculer en “plaçant notre argent”. Exiger un taux d’intérêt sur notre compte d’épargne, au fond, n’est que la spéculation la plus basique.

Alors, en quoi le trading serait-il à ce point amoral ?

Le prix et le cours

Une profonde incompréhension que le grand public a du trading est la fluctuation du prix. Celle-ci est perçue comme magique, dirigée par une sorte de pouvoir suprême.

En réalité, le prix n’est jamais fixé que par les ventes/achats successifs.

Si je possède un lingot d’or que je souhaite vendre 1000€ mais que personne ne veut l’acheter, c’est que je suis sans doute trop cher. De même, si je ne trouve pas de lingot d’or à acheter à 500€, c’est que je dois payer plus.

Le prix se fixe dès qu’il y’a un accord entre deux personnes.

Si plus personne ne veut acheter mon lingot, je vais descendre le prix de plus en plus. Parfois, de manière catastrophique. C’est ce qu’on appelle un crash.

Si, au contraire, une raison quelconque pousse tout le monde à acheter un lingot mais que l’offre n’est pas suffisante, le prix va monter.

En théorie, personne n’interfère dans les prix. L’offre et la demande sont le fruit des émotions humaines et le prix n’en est que le reflet. En ce sens, le trading cherche à comprendre la psychologie de la foule humaine.

Les acteurs économiques

Dans un tel système d’échange, les personnes faisant du bénéfice ne le font que parce que d’autres ont fait des pertes.

Mais il est important de remarquer que ceux qui ont perdu ont pris un risque, de leur plein gré, dans le seul et unique but de faire du gain. Ils ont acheté quelque chose dont ils n’avaient pas besoin en espérant le revendre.

Sur les marchés boursiers, par exemple, l’argent présent provient des grandes entreprises, des riches investisseurs et des banques.

Lorsqu’un trader fait fortune en jouant avec son propre argent, c’est donc sur le dos des grandes entreprises, des riches investisseurs et des banques.

Par comparaison, la majorité des publicitaires et des marketeux tentent de faire en sorte que les gens normaux, voire pauvres, dépensent leur argent. Si trader n’est probablement pas le métier le plus utile à la société, il me semble au fond bien plus moral qu’une panoplie d’autres métiers pourtant considérés comme respectables.

Retournement de situation : le trading ne serait pas une activité foncièrement nocive !

L’argent des banques

Si le trading est un outil moralement neutre, il peut comme tout outil être détourné.

Souvenez-vous qu’avec vos 1000€, les banques peuvent en créer 100.000€. La tentation est grande d’utiliser ces 100.000€ pour faire encore plus de profit à travers la spéculation.

Et c’est bien ça le nœud du problème : les banques peuvent jouer beaucoup d’argent. La probabilité est donc énorme de faire des gains substantiels.

Ces gains bénéficieront en immense majorité aux banques elles-mêmes, c’est pourquoi le milieu de la finance nous semble tellement déconnecté de notre univers. Une minuscule partie des gains vous sera cependant reversée : les intérêts.

En exigeant des intérêts sur votre compte d’épargne, vous encouragez, voire vous exigez que les banques jouent avec votre argent.

Si vous êtes contre le trading, alors assurez-vous de quitter toute banque qui propose un taux d’intérêt pour votre épargne et qui au contraire vous facture pour ses services !

Tout le monde est donc content de ce petit jeu. Jusqu’au jour où les banques perdent.

À ce moment là, soudainement, l’effet de levier qui a multiplié vos 1000€ en 100.000€ a l’effet inverse. Les banques n’ont plus de liquidités et se mettent en faillite.

À l’exception de l’Islande, la plupart des banques dans cette situation ont été renflouées… par l’état et donc par l’argent de nos impôts.

En résumé, les banques sont des entités qui encaissent des bénéfices réalisés grâce à notre argent et que nous devons renflouer en cas de pertes !

L’utilité du trading

Les traders que j’ai rencontré arguent que le trading est une activité utile qui permet aux prix de trouver leur valeur naturelle. Certains outils financiers permettent même aux producteurs de matières premières de s’assurer contre, par exemple, une mauvaise récolte.

Quoi qu’on pense du trading, difficile de considérer qu’il soit immoral pour deux personnes consentantes de faire une transaction commerciale.

Effectivement, on peut penser que les bénéfices du trading sont potentiellement sous-taxés par rapport à ceux du travail, que les lois actuelles avantages les riches. Ce n’est alors pas le trading qu’il faut critiquer mais les lois écrites par ceux que nous avons élus.

Au final, les traders ne font qu’essayer de s’enrichir sur le dos des capitalistes qui cherchent eux-même à s’enrichir toujours plus. Est-ce qu’on peut vraiment les blâmer pour cela ?

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Printeurs 43

dimanche 8 janvier 2017 à 15:57
Ceci est le billet 43 sur 43 dans la série Printeurs

Après avoir échappé à un attentat, Nellio, Eva, Junior et Max sont dans une voiture de police qui fonce vers le siège du conglomérat de la zone industrielle.

— Ah, voilà !

Du doigt, Junior pointe une long ligne noire qui strie le ciel. La ligne est bientôt rejointe par une seconde et puis une troisième, dessinant une étrange arabesque, la stylisation d’une étroite fleur de pénombre se refermant, s’épaississant, ondulant dans une imperceptible sarabande filaire.

— Les drones, explique Junior ! À proximité de la zone industrielle, les couloirs aériens sont tellement chargés qu’on peut observer de véritables embouteillages de drones.

Rêveur, je contemple les longues ligne noires, étranges chrysanthèmes de pénombre se détachant dans l’uniformité grisonnante. À mesure que nous nous rapprochons, les drones individuels commencent à se distinguer, la ligne se fait discontinue, pointilée.

— Et dire que les politiciens sont fiers de leur intertube !

— À l’époque où le projet d’intertube a été lancé, les drones n’avaient pas encore l’autonomie ni la capacité de levage suffisante. De plus, les drones posent des problèmes au niveau de l’espace aérien sans compter les risques d’interception et de vols.

— Tout ces problèmes ont été résolus, fais-je. Mais c’est justement la constante du métier de politicien : ne pas voir que le monde évolue, que les problèmes peuvent être résolus. D’ailleurs, qu’est-ce qu’un politicien sans problème ? Un politicien qui ne peut pas promettre de solution et ne sera donc pas réélu. Les politiciens ne veulent pas que le monde change. Les électeurs non plus. Ils promettent le changement avec un grand « C », celui où tout restera pareil. Au fond, ils promettent exactement ce que nous voulons entendre.

— Pourtant, intervient Junior, s’ils ont continué à investir dans l’intertube, c’est qu’il doit bien y avoir une raison.

— Oh oui, il y en a une ! Celle de ne pas être celui qui reconnaîtra que le gouvernement ne fait pas d’erreur. Les erreurs, généralement, tu es forcé de les reconnaître quand elles te coûtent de l’argent. Et encore, les individus préfèrent parfois continuer à payer plutôt que d’admettre s’être trompé. Mais si ce n’est pas ton argent que tu dépenses et que reconnaître une erreur peut te coûter ton travail, il n’y a absolument aucun incitant à arrêter les entreprises les plus catastrophiques. Sans compter que le chantier de l’intertube crée de l’emploi. Des milliers de travailleurs qui vont creuser des trous inutiles dans les sous-sols de la ville, qui vont s’échiner, se crever, passer leurs journées sous terre pour faire un travail complètement inutile et qui aurait pu être automatisé. Tout ça pour avoir l’impression d’être moralement supérieur à un télé-pass. Vous voulez que je vous dise ? On accuse les politiciens, les riches, les industriels et même les télé-pass de tous les maux. Mais les véritables responsables, ce sont ceux qui font ce qu’on leur dit, qui accomplissent un travail inutile le plus consciencieusement possible par peur de perdre les maigres avantages qui vont avec. Ceux-là sont responsables.

— Et ceux-là, c’est nous, conclut Junior.

— Oui. C’est nous. Et nous n’avons aucune excuse.

— Nous n’avions peut-être pas le choix…

— Le seul choix que nous n’avons pas est celui de naître. Après cela, chaque respiration, chaque pas est un choix. Le choix, il se prend, il s’arrache, il se gagne. Mais il est tellement plus facile de se persuader que nous n’avons pas le choix, de nous conforter dans les rails que l’infinité de non-choix a tracé pour nous. Le choix, nous le refusons, nous le fuyons comme la peste. Et nous allons un jour payer le prix de notre inconséquence, de notre irresponsabilité.

— Naître est pourtant le seul choix que j’aie jamais fait.

Intrigué, je me tourne vers Eva, qui vient de m’interrompre.

— Que veux-tu dire ?

— Nellio…

— Vous vous expliquerez plus tard car nous sommes arrivés au complexe du conglomérat industriel.

Observant la route défiler, je constate que nous nous approchons d’un contrôle de sécurité. Deux agents se tiennent au garde-à-vous derrière la ligne rouge, tracée sur le sol, où la voiture devra forcément s’arrêter. Je déglutis avec peine en constatant que nous n’avons aucun papier, aucune excuse valable pour être dans ce quartier et que nous sommes recherchés.

— Merde, le contrôle. J’avais oublié. Une solution miracle pour nous sortir de là ?

Au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la ligne, un doute m’envahit. La voiture ne semble pas ralentir. Au contraire, nous accélérons. Dans les yeux des agents de sécurité, je lis le même doute se transformer soudain en peur puis en panique. Ils n’ont que le temps de plonger chacun d’un côté alors que la voiture les frôle à pleine vitesse.

— Hein ? Comment est-ce possible ? Nous avons passé le contrôle sans être arrêtés !

Junior me lance un clin d’œil dans le rétroviseur.

— C’est l’avantage du mode manuel. Il est devenu tellement rare et réservé aux forces de sécurité que la plupart des barrages se font uniquement par contrôle du logiciel de conduite.

— Mais cela signifie que le moindre terroriste pourrait…

— Oui. Mais ils ne le font pas. Ce qui prouve bien que les terroristes sont beaucoup moins formés et intelligents que ce qu’on veut bien nous dire. En fait, le but d’un contrôle routier n’est pas vraiment d’arrêter les terroristes mais de convaincre les citoyens que la menace est réelle et que toutes les mesures sont prises.

— Et je suppose que, en prime, ça fait de l’emploi…

— Énormément d’emploi. Depuis les trouffions comme nos deux vaillants plongeurs sur bitume aux responsables des commissariats.

— Quelle système profondément malhonnête ! Et dire que les responsables de tout ça le savent, qu’ils se moquent cyniquement de nous.

— Oh, pas la peine d’invoquer la malhonnêteté lorsque l’incompétence suffit. Tu sais Nellio, j’ai été amené à fréquenter de très haut gradés. Et tous, sans exception, sont convaincus du bien-fondé de leur mission.

— Mais comment expliques-tu pareille incompétence ?

— Premièrement parce que l’être humain a une capacité incroyable de ne pas voir ce qui pourrait perturber sa manière de penser. Le fait que les religions existent encore aujourd’hui l’illustre amplement. Ensuite parce que c’est l’essence même du système ! Si les gens faisaient bien leur boulot…

— …Il n’y aurait plus de boulot. C’est logique ! Du coup, plus on est incompétent, plus on crée de l’emploi, mieux on est perçu !

Nous sommes interrompus par Max, qui de sa voix douce et chaude nous fait une annonce digne des meilleurs vols transatlantiques.

— Incompétence qui atteint son sommet et sa splendeur ici, Mesdames et Messieurs, au siège du conglomérat industriel, épicentre de la création d’emploi et de la concentration des richesses. Bienvenue !

Sans que je puisse en expliquer la raison, mon cœur se serre alors que je lève les yeux vers le grand building.

— C’est donc ici que tout va se jouer…

 

Photo par Jin Mikami.

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Mon second vélo et le piège de l’intuition

vendredi 9 décembre 2016 à 11:48

Chez les cyclistes, il y a un dicton qui dit que le nombre idéal de vélos à avoir dans son garage est N+1, où N est le nombre de vélo qu’on possède actuellement.

Oui, il y a toujours une bonne raison pour acheter un nouveau vélo : avoir un vélo de route, un VTT, un vélo de gravel. Mais si N+1 est le nombre idéal, le nombre minimal est 2. Surtout si vous utilisez votre vélo quotidiennement.

Car il n’y a qu’une seule chose de pire pour un cycliste que de devoir pédaler de nuit dans le froid et la pluie : être forcé d’utiliser une voiture !

J’ai personnellement découvert ce problème lorsque, suite à un bris de dérailleur, j’ai appris que j’allais rester dix jours sans pédaler, la pièce n’étant pas en stock.

Le lendemain, j’avais trouvé un vélo d’occasion.

Un poil vieillotte mais ayant visiblement très peu servi, cette seconde monture joue admirablement son rôle de réserviste. Je l’enfourche lorsque mon fier destrier est à l’entretien, lorsqu’il me révèle une crevaison lente le matin et que je n’ai pas le courage de changer la chambre à air avant d’aller travailler, ou lorsque la simple envie me prend de changer un peu d’air.

Après deux années de ce rythme, j’eus une intuition bizarre.

En deux ans, mon vélo principal, que j’entretiens et que je bichonne, avait subit plusieurs révisions. Il avait connu de multiples crevaisons, plusieurs jeux de pneus. Les chaînes se succédaient, les roulements devaient être changés et les câbles se grippaient.

Rien de tout cela ne semblait atteindre mon réserviste. J’avais changé une fois une chambre à air mais la chaîne et les pneus étaient toujours ceux d’origine malgré des entretiens beaucoup plus succincts voire inexistants.

Cette constatation me conduisait à une explication impitoyable : bien que plus vieux, mon réserviste était de nettement meilleure qualité. Les nouveaux vélos avec les nouveaux pneus sont fragiles et faits pour encourager la consommation.

Intuitif, non ?

Et pourtant complètement faux. Car l’usage d’un vélo ne se compare pas en temps passé dans le garage mais en kilomètres parcourus.

Comme je vous l’ai raconté, je raffole de Strava. Chacune de mes sorties est enregistrée dans l’application avec le vélo utilisé pour l’occasion. J’indique même quand je change une pièce afin de connaître le kilométrage exact de chaque composant.

Je sais ainsi que pour mon vélo principal, une bonne chaine dure 2500km alors qu’une mauvaise s’use après 1500km. Les pneus, à l’arrière, durent entre 800 et 1600km. Facilement le triple à l’avant. Outre cela, mon utilisation du vélo nécessite un passage par l’atelier en moyenne tous les 2000km. Et le vélo va sur ses 8000km.

Mon vélo de réserve, par contre, vient lui tout juste de passer les 500km !

Il est donc parfaitement normal que je n’ai eu aucun ennui, aucun entretien, aucun travail sur ce vélo : il n’a tout simplement pas encore roulé le tiers de la distance à partir de laquelle l’usure de certains composants se fait sentir.

Mon intuition était complètement trompeuse.

Cette anecdote prête à une morale générale : souvent, nous nous laissons emporter par des intuitions, des similitudes. Les deux vélos étant en permanence côte à côte dans le garage, il est normal de les comparer. Le fait de prendre de temps en temps le vélo de réserve me donnait l’impression que les deux vélos vivaient une vie presque similaire. Certes, je pensais l’utiliser trois ou quatre fois moins. Mais les chiffres révèlent qu’il s’agit de quinze fois moins !

Lorsque vous avez des convictions, des intuitions, confrontez-les aux faits, aux chiffres réels.

Beaucoup de nos problèmes viennent du fait que nous suivons aveuglément nos intuitions, même lorsque les chiffres nous démontrent l’absurdité de nos croyances. Aujourd’hui encore, les politiciens prônent l’austérité afin de relancer l’économie, ils prônent l’expulsion d’étrangers pour libérer des emplois là où tous les exemples connus ont démontré l’absurde inanité et la contre-productivité de ce genre de mesures.

Pire : aujourd’hui, il y a encore des gens pour voter pour ces politiciens.

À ceux-là, racontez-leur donc l’histoire de mon second vélo.

 

Photo par AdamNCSU.

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