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Google, le géant asocial

jeudi 2 juin 2016 à 15:18
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Les raisons de l’échec de Google+ et des tentatives sociales chez Google.

Avec 90% du marché mondial des recherches web, 1 milliard de personnes utilisant des téléphones Android, 1 milliard de visiteurs mensuels sur Youtube et 900 millions d’utilisateurs de GMail, difficile pour un internaute de passer à côté de Google.

Aussi, quand Google a décidé de se lancer dans les réseaux sociaux en 2011, personne ne donnait cher de la peau de Twitter et Facebook.

Pourtant, Google Buzz, la tentative de concurrencer Twitter, fut un échec cuisant et Google+, l’équivalent Google de Facebook, reste vivement controversé et assez peu utilisé alors même qu’il est intégré avec la plupart des smartphones vendus dans le monde aujourd’hui !

Et s’il est impensable pour une marque ou une célébrité de ne pas avoir une page Facebook ou un compte Twitter, qu’en est-il d’une page Google+ ? La plupart ne sont-elles pas créées par acquis de conscience ?

Trouver une personne, la base d’un réseau social

Google+ serait-il techniquement tellement inférieur à ses concurrents que, même imposé, il soit si peu utilisé ? Au contraire, certains, parmi lesquels l’auteur de ces lignes, considèrent que Google+ est techniquement plus abouti et plus riche que Facebook : possibilité d’avoir des relations asymétriques entre personnes, facilité de regroupement des amis dans des “cercles”, meilleur contrôle des permissions, …

Mais alors, pourquoi même les aficionados les plus accros à Google ont-il le réflexe d’aller sur Twitter et Facebook ?

La réponse la plus souvent pointée est que tout le monde est sur Facebook et que les utilisateurs vont où les autres sont. Facebook aurait l’avantage d’avoir été le premier à bénéficier de cet effet de réseau à large échelle.

Mais c’est sans compter que Google bénéficie déjà d’énormes réservoirs d’utilisateurs que sont Gmail, Android et Youtube. S’il ne s’agissait que d’atteindre une masse critique, Google+ aurait pu être un succès instantané.

Un réseau social, ce n’est jamais qu’un groupe de personnes avec des liens entre eux. Et ce réseau ne peut se construire qu’avec les personnes. La première fonctionnalité d’un réseau social est bien celle-là : trouver une personne, étape indispensable avant la création d’un lien. La motivation première pour ajouter un ami sur Facebook n’est pas de voir ses photos de vacances, c’est de rester en contact. Les photos de vacances ne sont qu’une conséquence !

Certains utilisateurs sur Facebook n’utilisent d’ailleurs pas le flux d’activité. D’autres n’ont jamais ouvert la messagerie. Mais tous ont un point commun : ils ont confiance de pouvoir trouver n’importe qui ou presque sur Facebook. Même le « Jean Dupont » que je cherche se démarquera au milieu de ses homonymes grâce à nos amis communs, ses centres d’intérêts, ses photos ou sa description.

Sur Twitter, aucun doute possible grâce à l’identifiant unique que Jean Dupont m’aura très aisément communiqué.

Google+, un réseau asocial ?

Google, par contre, a complètement perdu de vue la fonctionnalité de base : « trouver une personne ». Google+ s’est immédiatement concentré sur les conséquences (avoir un flux d’activité, partager des photos, chatter) en oubliant la raison première d’un tel produit : rester en contact. De l’aveu même des ingénieurs travaillant sur le projet, il fallait toujours « développer une nouvelle fonctionnalité ».

Que ce soit dans mon téléphone ou dans Gmail, le fait de taper « Jean Dupont » me donne des dizaines d’occurrences dont certaines sont des doublons et d’autres des homonymes. À qui appartient ce numéro de téléphone associé à un « Jean » qui a sans doute été importé depuis ma carte SIM à un moment donné ? Est-ce l’ancien numéro de Jean Dupont ? Au contraire un nouveau numéro ? Ou bien un homonyme ?

Impossible, depuis GMail, d’envoyer un mail à certaines personnes avec qui je suis pourtant en contact sur Google+ ! Et si les innovations de Google Inbox ont largement amélioré la situation, elle n’en reste pas moins loin d’être parfaite !

 Google Inbox me propose deux fois la même personne. Laquelle choisir ?


Google Inbox me propose deux fois la même personne. Laquelle choisir ?

Détail révélateur : la photo de profil d’une personne varie d’un produit Google à l’autre voire, au sein même de GMail et Google Inbox, d’un mail à l’autre ! Certaines anciennes photos de profils Google+, pourtant supprimées depuis longtemps, apparaissent parfois comme par enchantement au détour d’un mail. Mais le plus souvent, aucune image ne s’affiche. Il m’est donc impossible d’associer avec confiance une personne à une photo de profil unique, contrairement à Twitter ou Facebook.

Facebook l’a bien compris et, sur cette plateforme, le changement de photo de profil d’un de vos contacts est un événement majeur qui sera particulièrement mis en avant.

Hangouts et Contacts, des échecs lourds.

Sur Android, l’application Hangout est incroyablement lente quand il s’agit de lancer une conversation avec un nouveau contact. Parfois, elle ne trouve tout simplement pas ce contact ou n’associe pas le numéro de téléphone avec le profil de la personne, ne me laissant que le choix d’envoyer un message Hangout à la place d’un SMS. À d’autres moments, elle me met en avant des « suggestions » de profil Google+ que je ne connais pas et cache ceux que je connais.

 Hangout me propose 5 fois Marie qui sont la même et unique personne sur G+ !


Hangout me propose 5 fois Marie qui sont la même et unique personne sur G+ !

Avant ce mois de mars 2016, l’interface web de Google Contacts n’avait jamais connu de refonte complète depuis sa mise en service. Google n’a même jamais pris la peine de développer une application Android de gestion de contacts.

Si cette nouvelle version rassure sur le fait que cette partie de Google n’a pas été complètement laissée à l’abandon, elle est néanmoins très frustrante : il ne s’agit que d’un changement purement esthétique sans réelle nouvelle fonctionnalité ni meilleure intégration avec les autres produits Google.

L'interface de Google Contacts, restées inchangée pendant des années.

L’interface de Google Contacts, restées inchangée pendant des années.

C’est comme si Google considérait qu’unifier et gérer une liste de contacts n’avait aucun intérêt. Google s’est contenté de développer les fonctionnalités d’un réseau social en oubliant ce qui est selon moi la fondation même de l’interaction sociale : entrer en contact avec une personne donnée.

Une fonctionnalité que Google a laissé, peut-être volontairement, aux fabricants de smartphones. Avec un résultat assez catastrophique.

3 vincents identiques, 2 vincents différents et de nouveau 3 vincents identiques. Merci Samsung !

3 vincents identiques, 2 vincents différents et de nouveau 3 vincents identiques. Merci Samsung !

Un désintérêt que Google paie très cher, y compris dans le domaine de la messagerie où, malgré une position dominante confortable, Gmail et Hangouts se sont vite fait dépasser par Whatsapp.

Le désespoir de l’incompréhension

Est-ce que Whatsapp offre une fonctionnalité incroyable, nouvelle ou particulièrement utile ?

Non, la principale caractéristique de Whatsapp est de trouver mes amis qui utilisent Whatsapp en se basant sur les numéros stockés sur mon téléphone. Que ce soit sur Facebook, Twitter ou Whatsapp, j’ai donc confiance de facilement trouver une personne donnée. Oui, Google est très fort pour me faire explorer, pour me suggérer des nouvelles personnes. C’est d’ailleurs ce qui fait la joie des aficionados de Google+. Mais la plupart du temps, je veux simplement contacter une personne donnée le plus vite possible.

Avec sa nouvelle version, Google+ semble d’ailleurs faire progressivement son deuil de l’aspect social pour se concentrer sur la découverte de nouveaux contenus, de thématiques et de centres d’intérêt.

Le lancement d’un enième produit social, Google Spaces, et d’une enième application de chat, Google Allo, sont la confirmation de la totale incompréhension de Google face au social. Plutôt que de réfléchir, d’essayer de trouver les racines du problème, le géant américain lance des dizaines d’applications en espérant trouver, par hasard, le succès. On lance tout contre un mur et on regarde ce qui reste collé…

Mais, ce faisant, il ne fait que créer des espaces supplémentaires où potentiellement chercher une personne. Il rend encore plus complexe la recherche d’une personne précise.

Peut-être car, dans la culture des ingénieurs de chez Google, on ne recherche que des solutions à des problèmes, des informations. Pas des personnes. Jamais des personnes.

Ceci expliquerait tout : Google ne peut développer un réseau social car il est, tout simplement, profondément asocial.

 

Photo par Thomas Hawk.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Une dernière bière avant la fin du monde

lundi 30 mai 2016 à 11:56
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D’un claquement légèrement éméché sur le comptoir, la femme repose le verre de bière vide tout en écartant une mèche rousse de son front rougeaud. D’un doigt tremblant, elle ouvre un bouton de son chemisier, laissant dévaler une goutte de sueur entre ses seins.
— Eh bien moi, je dis qu’il faut les laisser se démerder. Après tout, c’est eux qui ont élu Trump, ce n’est pas notre problème.
— Tu n’y connais rien Véro, répond un homme mal rasé, le nez dans son demi, le regard trouble.
— Parce que toi t’es subitement un expert en géopolitique internationale ?
— Ils ont dit à la télé que…
— Je rêve ! Tu regardes encore la télé ? Y’a autre chose que des pubs à la télé ?
— N’empêche qu’il y avait Nicolas Hulot et qu’il expliquait que Trump avait mis l’écologie sur la liste des idéologies terroristes, tout comme l’islam.
— Pour l’islam, il n’a pas tort. Et pour le reste, ils n’ont qu’à se détruire eux-mêmes…
— Sauf que les polluants déversés dans les mers affectent directement les espèces des océans et que c’est pour ça que la pêche est désormais interdite chez nous. C’est à cause de lui que nos pêcheurs n’ont plus de boulot !
— Ben de toute façon, personne n’a plus de boulot. On va pas se transformer en soldats juste parce qu’il n’y a plus de boulot. Entre chômeuse ou chair à canon, j’ai choisi. Hein Malou ?

Derrière son comptoir, une femme entre deux âges hoche la tête tout en essuyant un verre. Sa chevelure blond platine laisse doucement la place à des mèches grisonnantes qui se mélangent à ses montures de lunettes argentées.

— Moi, tant que vous serez en vie, je suis sûre d’avoir du boulot.
— Ça c’est sûr, renchérit l’homme en levant sa bière, tu nous dois une fière chandelle !

Il boit une gorgée mousseuse avant d’émettre un rot sonore. Mais la rousse ne se laisse pas décontenancer.

— Malou, tu trouves normal qu’on déclare la guerre aux États-Unis ? Qu’on devienne allié avec les pays islamiques ?
— Islamiques, il ne faut rien exagérer, tempère la patronne. On ne s’allie pas avec Daesh et le califat tout de même.
— Oui mais le Pakistan, la Tchétchénie, l’Iran et même la Russie et la Corée du Nord. On est passé du côté des terroristes ou quoi ?
— Faut que tu comprennes qu’on lutte pour la survie de la planète là ! Trump fait brûler des gisements de gaz exprès pour nous provoquer, réplique l’homme dont les narines peuplées de poils noirs huileux palpitent de colère. Les experts sont unanimes : le réchauffement climatique ne pourra plus être arrêté.
— Ben justement, s’il ne peut plus être arrêté, pourquoi aller s’entretuer ? Hein Malou ?
— Pour pas faire pire, tiens ! Le Tsunami de Knokke, tu crois que ça n’a pas suffi ?

L’homme se caresse nerveusement la calvitie naissante. Il s’agite, ses tempes se couvrent de veinules bleuâtres.

— Bien fait pour ces flamins, répond Véro avec un sourire goguenard.
— À ce rythme-là, dans 15 ans, on parlera du tsunami de Louveigné ! On devra tous se réfugier au signal de Botrange !
— Moi je maintiens qu’on va faire pire que mieux. Trump est capable de nous balancer des missiles nucléaires. Tant qu’à faire, je préfère passer mes dernières années à Botrange-plage. Et si je dois mourir noyée, autant que ce soit dans une eau non-radioactive !
– Dans de l’eau, tu ne risques pas ! Tu mourras d’une cirrhose bien avant.
– Ça me va, santé Malou ! À ma cirrhose et à la fin du monde !

Mais l’homme n’admet pas sa défaite :
— Si on s’y met tous les pays ensemble, en quelques jours les États-Unis sont rayés de la carte…
— Qu’ils disent ! Comme en 14 !
— C’est notre seul espoir ! Détruire les États-Unis ou la planète entière, c’est le choix qui s’offre à nous !
— Bref, y’a plus d’espoir, je te rejoins sur ce point !
— Moi j’ai toujours voté Écolo, intervient Malou.
— C’est gentil Malou. Grâce à toi on va aller faire la guerre à Trump en vélo partagé…
— À choisir entre les missiles de Trump et les toilettes sèches… Planquez-vous, la Wallonie sort les armes bactériologiques !

Le couple s’esclaffe. Réconciliés, les deux clients se tapent mutuellement sur la cuisse.

— Oh, moi je disais ça, répond Malou d’un ton vexé. Les écolos, ils ont quand même proposé des sanctions économiques et le boycott dès l’élection de Trump !
— Ça fait cinq années que la plupart du monde boycotte les États-Unis. L’effet est nul ! D’un côté personne ne veut se passer d’un Iphone ou d’un juteux contrat pour la défense américaine, de l’autre, ce qu’on ne vend pas à Trump, il vient le chercher.

Un silence s’installe dans le troquet, laissant un ventilateur essoufflé brasser l’air lourd et moite de la fin de journée alors que le crépuscule enflamme les dizaines de verres aux couleurs des différentes bières du pays qui s’alignent en rang d’oignon sur une étagère vieillissante.

— Faut reconnaître, dit l’homme, que les écolos ont au moins fait semblant de se préoccuper du problème. Les autres partis, eux, ils étaient encore en train de se battre pour des histoires communautaires auxquelles personne ne comprend rien.
— D’ailleurs, est-ce qu’ils sont encore en train de négocier un gouvernement ou est-ce qu’ils se sont tous tirés en Suisse comme les députés français ? répond sa comparse.
— Aucune idée. Mais je crois que ça n’a plus beaucoup d’importance…

Malou semble réfléchir un instant.

— Mais si on n’a pas de gouvernement, qui a voté le fait qu’on déclarait la guerre aux États-Unis ? Parce que c’est bien beau de discuter, la décision est prise, non ?

L’homme hoche la tête.

— On n’est pas dans la merde…

D’un air désabusé, la femme regarde le fond de son verre vide avant de le tendre par dessus le comptoir.

— Allez Malou, mets-moi son petit frère ! J’ai une cirrhose qui attend !

 

Photo par Ramón. Relecture par le gauchiste.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Comment la réalité augmentée m’a transformé…

samedi 28 mai 2016 à 12:35
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…en cycliste.

La plupart de mes lecteurs sont sans doute familiers avec le principe de réalité virtuelle. Un univers entièrement fictif dans lequel on s’immerge totalement afin de se couper du monde extérieur.

L'auteur, plongé dans une réalité virtuelle…

L’auteur, plongé dans une réalité virtuelle…

Mais un autre concept très intéressant est en train d’émerger : celui de réalité augmentée.

Le principe de la réalité augmentée est de rajouter des interactions virtuelles au sein monde réel.

Les exemples les plus spectaculaires sont certainement Microsoft Hololens et Magic Leap. Ces deux technologies, encore expérimentales, projettent sur des lunettes des objets virtuels qui viennent se juxtaposer à ce qui se trouve dans votre champs de vision. Vous pouvez, par exemple, voir un personnage fictif évoluer dans la pièce où vous vous trouvez.

Mais pas besoin d’aller aussi loin pour expérimenter la réalité augmentée. Le jeu Ingress, développé par Google, ne nécessite qu’un simple smartphone : vous devez vous rendre dans des endroits précis afin de conquérir du territoire. Sa popularité conduit les joueurs à s’organiser et se rencontrer régulièrement. Run Zombie vous pousse à faire de l’entraînement fractionné en course à pieds en vous faisant entendre des zombies auxquels vous devez échapper en sprintant.

De mon côté, le jeu en réalité augmentée qui certainement a bouleversé ma vie est Strava.

Je vois des sourcils se froncer.

Strava n’est-il pas une application qui enregistre les ballades en vélo ?

Oui. Mais Strava dispose d’une fonctionnalité incroyable : les segments.

Un segment sur Strava est un chemin qui relie un point de départ à un point d’arrivée. N’importe quel utilisateur de Strava peut en créer.

Avec la subtilité qu’un classement de tous les utilisateurs Strava passés par chaque segment est affiché publiquement. Il devient donc possible de se comparer à des dizaines voire des centaines de cyclistes.

Mieux : les membres Premium peuvent désormais voir en temps réel leur position dans un segment par rapport à leur meilleur temps personnel et le meilleur temps de tous les autres utilisateurs. Le smartphone rivé sur le guidon, j’ai réellement le sentiment d’être en course acharnée avec moi-même et avec un autre utilisateur Strava. C’est à peine si mon imagination ne me fait pas ressentir l’aspiration quand l’écart passe sous la seconde !

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Certains segments sont sans grand intérêt mais soyez certains que toutes les côtes de votre région ont leur segment Strava où des dizaines de cyclistes s’affrontent chaque semaine pour le tant convoité titre de KOM ou QOM (King/Queen Of the Mountain).

Lorsque vous êtes détrôné de votre KOM, une notification vous parvient immédiatement sur votre smartphone. La tentation est alors immense de tout plaquer, d’enfiler son casque et d’aller montrer à ce jeune freluquet de quoi vous êtes capable. Surtout si celui-ci a eu l’outrecuidance de laisser un commentaire de type : « Je reprends ce qui m’appartient » (exemple vécu).

Grâce à Strava, j’ai pu mener des compétitions acharnées contre des cyclistes que je n’ai jamais rencontré, chacun reprenant le KOM à l’autre à chaque tentative. Ces compétitions virtuelles se soldent même parfois par de cordiaux échanges dans les commentaires, chacun félicitant l’autre pour sa performance mais lui annonçant avec humour de profiter du KOM tant qu’il peut le garder.

Pour ne pas se limiter aux segments, Strava propose également des challenges réguliers basés sur la distance parcourue, sur le dénivelé escaladé voire sur l’exploration de nouveaux parcours.

Chez moi, le résultat est incroyable : chaque fois que j’enfourche ma bécane, je vais « jouer à Strava ». J’ai l’appétence de découverte de nouveaux segments de qualité, l’envie de m’améliorer, de me dépasser. À l’incroyable plaisir de sentir les kilomètres défiler sous mes roues, je rajoute la petite jouissance intellectuelle que connaissent bien les amateurs de jeux vidéos.

Alors, oui, Strava a changé ma vie. De cycliste utilitaire, je me suis transformé en cycliste passionné. Strava m’a donné envie d’explorer, de partir à la découverte. À la fois dans ma propre région et partout où j’aurai l’occasion d’aller donner quelques coups de pédale.

Grâce à Strava (ou à cause ?), de plus en plus de mes kilomètres utilitaires se font en vélo, au détriment de la voiture…

La réalité augmentée, malgré qu’elle n’en soit qu’à ses balbutiements, est donc déjà en train de changer le monde, de nous changer.

Après tout, quoi de plus normal ? La frontière entre le réel et le virtuel n’est qu’arbitraire, historique. Les deux sont appelés à se fondre l’une dans l’autre et il est probable que nos enfants ne parleront pas de réalité virtuelle ni de réalité augmentée. Ils diront tout simplement… « la réalité ».

Ils ne joueront plus à des « jeux vidéos » mais à des jeux tout court. Ils nous mettront dans une situation inconfortable, ils nous donneront l’impression d’être déconnectés du réel alors qu’ils seront en train de l’étendre. Ils seront tristes pour nous, les vieux, limités à une toute petite frange du réel.

Nous traverserons forcément des phases d’inquiétude ou de rejet mais, dans ces moments là, rappelez-vous que cette réalité augmentée m’a transformé de conducteur en cycliste. Une transformation dont je suis fier et que je considère comme positive ! Une transformation que j’ai acceptée voire que je recherchais car elle me convenait. Tous les Strava du monde n’auront jamais aucun effet sur quelqu’un qui abhorre le vélo.

Notre tâche n’est donc pas de tenter de limiter cette incursion du virtuel dans le réel. Ce serait peine perdue. Non, notre responsabilité est de faire en sorte que les incroyables pouvoirs liés à ce progrès ne soient pas entre les mains de quelques uns mais entre les mains de chacun. Notre mission est d’encourager nos enfants à développer, démocratiser et utiliser tous les outils possibles et imaginables. De leur offrir les technologies et de leur faire confiance quant à l’usage qu’ils en feront.

Et pour répondre à la question qui vous brûle les lèvre, je ne dispose que de peu ou prou de KOM sur les segments prisés. Mais je tire une certaine fierté à être, avec le même vélo, dans les tops 10 de certains segments VTT à travers bois et de quelques segments pour purs routiers. Tiens, je proposerais bien à Strava un badge “passe partout”…

 

Photo par Jijian Fan.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Changer le monde sans travailler, mon expérience TEDx

vendredi 6 mai 2016 à 11:13
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Il y a quelques semaines à peine, j’ai reçu un coup de téléphone m’invitant à venir donner une présentation TEDx à Liège. Honoré, je me suis aussitôt empressé d’accepter.

Le temps pour la préparation m’était compté mais j’étais à la fois fier et motivé. Sous le titre énigmatique « Changer le monde sans travailler », j’ai décidé de parler du revenu de base.

Grâce à la collaboration active de ma compagne, je produisis un texte dont j’étais assez content, texte que je me suis mis à étudier frénétiquement. Le texte amenait le sujet du revenu de base et possèdait un moment assez confrontant au cours duquel j’accusais explicitement toute personne vivant de près ou de loin de la publicité de contribuer à la surconsommation et au mal-être de la planète. J’espérais oser, malgré l’aspect terrifiant que cela représentait pour moi, attaquer directement le public et l’organisation de la conférence elle-même pour n’être, en fait, qu’un grand panneau publicitaire au service des sponsors.

Le 8 avril, je me suis donc retrouvé un peu stressé dans les coulisses de l’extraordinaire salle philharmonique de Liège, à faire connaissance avec les autres intervenants, tous aussi passionnants les uns que les autres.

Pour l’anecdote, juste avant d’entrer en scène, je discute avec le conférencier Steven Laureys. Son visage me dit quelque chose. Je suis sûr de l’avoir déjà vu.

Et soudain, je comprends : il a écrit plusieurs articles sur la conscience dans le magazine Athéna, articles qui m’ont passionnés et inspirés, entre autres, pour écrire le billet « Qu’est-ce que la conscience ».

Mais à peine ai-je le temps de savourer cette rencontre inattendue qu’il est temps d’entrer en scène et de jouer ma partition.

Jusqu’au moment où…

Un trou de mémoire ! L’impensable !

Vous l’avez vu, non ? Mais si, entre 8:10 et 8:30 !

Durant ce qui me semble être une éternité, je fixe le vide, j’improvise. Puis, je retombe sur mes pattes et continue mon texte.

Horreur. Tout en récitant, je constate que j’ai sauté précisément le moment clé, le moment choc de ma présentation.

Ma compagne, qui était assise au second rang et qui connaissait mieux le texte que moi a hésité de me souffler la suite mais, voyant que je me reprenais très rapidement, pensa que j’avais volontairement adoucit mon texte.

Alors que je quittai la scène, je reçu les félicitations des organisateurs puis du public. Tout le monde semblait content. Ce trou de mémoire n’avait que peu ou prou été perçu. Cette éternité de silence n’avait été, pour le public, qu’une brève pause.

Mais, au fond de moi, je bouillonnais de colère. Ma présentation que j’avais voulu confrontante avait été amputée et, de ce fait, transformée en un réquisitoire certes pertinent mais fade et consensuel.

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Essayant de faire fi de ma déception, j’allai m’installer dans la salle afin de profiter des autres orateurs dont la diversité brassait tous les styles et tous les goûts. En écoutant le public, je constatai que les plus acclamés étaient également les plus détestés. Chaque membre du public avait sa préférence, sa vision.

Mais, surtout, malgré les nombreux TEDx que j’avais visionné en vidéo, je découvris quelque chose que le web ne m’avait jamais transmis : certains conférenciers faisaient vibrer le public. Ils ne parlaient pas spécialement biens, ils n’étaient pas spécialement les meilleurs. Mais ils s’exprimaient avec leurs tripes, ils s’exposaient, ils partageaient une expérience unique. Ils me transportaient.

Ce que je n’avais pas fait. Ce que je n’avais même jamais imaginé faire.

J’avais abordé l’expérience comme toutes mes conférences : une idée intellectuelle à exposer.

Et je n’avais pas réussi aussi bien que je l’aurais voulu. J’avais fait une erreur.

J’ai adoré l’expérience de ce TEDx Liège. Les organisateurs ont été parfaits, l’ambiance entre les conférenciers était incroyable et j’ai fait des rencontres passionnantes.

Alors, oui, j’ai envie de refaire un TEDx. J’ai envie de revivre cette expérience.

Mais cette fois, j’ai envie de venir m’exposer, me mettre à nu. Je veux parler d’un sujet qui me touche profondément, émotionnellement et non plus d’une théorie intellectuelle.

Le thème s’est immédiatement imposé. J’ai envie de faire un TEDx où j’expliquerai pourquoi je me ressens la publicité comme un étouffement, un contrôle absolu de la créativité humaine et comment j’expérimente le prix libre, en tant que créateur et public, afin de favoriser la création et la liberté artistique.

Alors, merci TEDx Liège pour m’avoir permis de vivre cette expérience !  Et si vous organisez un TEDx et êtes à la recherche d’un orateur qui cherche à s’améliorer, je me porte volontaire !

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

Freiner moins bien pour entretenir l’illusion de la sécurité ?

samedi 30 avril 2016 à 00:54
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Si vous ne vous intéressez pas du tout au cyclisme, vous n’êtes peut-être pas au courant d’un débat qui fait rage actuellement au sein du peloton professionnel : doit-on autoriser les freins à disque sur les vélos de compétition ?

Peut-être que le cyclisme ne vous intéresse pas mais cette anecdote est intéressante à plus d’un titre car elle illustre très bien l’incapacité que nous avons à évaluer rationnellement un danger et l’importance que les médias émotionnels peuvent avoir sur des processus de décision politique.

Au final, elle nous démontre que nous ne recherchons pas la sécurité mais seulement une illusion de celle-ci.

Les freins à disque, kézako ?

Le but d’un frein est de ralentir voire de stopper un véhicule. La plupart du temps, cela se fait en transformant l’énergie cinétique en chaleur.

Sur la plupart des vélos jusqu’il y a quelques années, un frein consistait en deux patins qui venaient pincer la jante. En frottant sur les patins, la jante ralentit tout en chauffant.

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Un frein sur jante, par Bart Heird.

Sont ensuite apparus les freins à disque : le principe est exactement le même mais au lieu d’appliquer le patin sur la jante, on va l’appliquer sur un disque spécialement conçu pour cela fixé au centre de la roue.

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Un frein à disque, par Jamis Bicycle Canada.

 

Les avantages sont multiples :

Le résultat est qu’un frein à disque fournit un freinage cohérent et constant quelle que soient les conditions météo, la vitesse et le revêtement. Un cycliste équipé de freins à disque dispose d’un contrôle sans commune mesure avec les freins sur jantes.

Le frein à disque en compétition

Les freins à disque ont donc conquis tous les domaines du cyclisme, en commençant par le VTT et le cyclocross. Tous ? Non, pas le cyclisme sur route.

Les raisons ? Tout d’abord, les freins à disque sont plus lourds et moins aérodynamiques, données particulièrement importantes dans cette discipline. Mais les professionnels ont aussi peur qu’un disque puisse causer de vilaines blessures en cas de chutes en peloton où les cyclistes s’empilent les uns sur les autres.

L’union internationale de cyclisme avait néanmoins décidé de les autoriser à titre provisoire afin de tester graduellement en 2015 puis 2016.

Tout semblait bien se passer jusqu’à ce que le cycliste Fran Ventoso se coupe au cours d’une chute sur la célèbre course Paris-Roubaix. Sa blessure est impressionnante et aurait, selon lui, été causée par un disque de frein. Le plus grand conditionnel est de rigueur car le coureur lui-même n’a pas vu qu’il s’agissait d’un disque et qu’aucun coureur équipé de freins à disque n’est tombé ou n’a rapporté avoir été touché dans ce secteur.

Néanmoins, les photos de la blessure ont fait le tour du web et les témoignages comparant les disque à des lames de rasoir ou des trancheuses de boucherie ont rapidement fait le buzz.

La preuve est-elle donc faite que les freins à disque sont dangereux et qu’il faut les bannir ?

Analyser le danger

Comme toujours, l’être humain est prompt à se saisir des anecdotes qui lui conviennent afin de se convaincre. Mais si on analyse rationnellement le problème, on voit émerger une réalité toute différente.

Un vélo est, par nature, composé d’éléments pouvant être particulièrement dangereux : une chaîne, des roues dentées, des rayons de métal très fins sur des roues tournant à haute vitesse. Aucun de ces éléments n’a jamais été considéré comme un problème, ils font partie du cyclisme. Une vidéo sur Facebook semble démontrer que le frein à disque n’est pas particulièrement coupant . Tout au plus peut-on noter les risques de brûlures si on le touche juste après un très long freinage.

Durant la période de tests 2015-2016, le cyclisme de route professionnel a donc connu un et un seul accident impliquant (potentiellement) un frein à disque.

Au cours de la même période, les courses ont connu un nombre importants d’accidents majeurs impliquant des motos ou des voitures faisant partie de l’organisation de la course. Le plus cocasse est certainement celui de Greg Van Avermaet, alors en tête de course et qui sera propulsé dans le fossé par une moto de télévision. Le second de la course, Adam Yates, dépassera Van Avermaet sans le voir et passera la ligne d’arrivée persuadé d’être arrivé deuxième. Mais l’accident le plus dramatique reste la mort du coureur Antoine Demoitié, heurté à la tête par une moto de l’organisation après avoir fait une chute sans gravité.

Une course cycliste, de nos jours, est en effet une débauche de véhicules motorisés tentant de se frayer un passage entre les vélos. Avec des conséquences graves : il ne se passe plus un tour de France sans qu’au moins un coureur soit mis à terre par un véhicule.

Si la sécurité physique des coureurs était réellement un souci, l’utilisation de véhicules lors des courses cyclistes serait sévèrement revue. C’est d’ailleurs ce que demandent beaucoup de coureurs mais sans écho auprès de la fédération ni des médias. Après tout, les motos de la télévision sont la seule motivation des sponsors qui payent les salaires des coureurs…

Les enjeux du débats

Aujourd’hui, une seule blessure statistiquement anecdotique va potentiellement repousser de plusieurs années l’apparition des freins à disque au sein du peloton professionnel pour la simple raison que les photos sont impressionnantes.

Pourtant, il est évident que pour un cycliste isolé, les freins à disque améliorent grandement la sécurité. Ils sont également utilisés avec succès depuis des années au plus haut niveau en VTT et en cyclocross. Le cyclisme sur route est-il une exception ? Les gains évidents de sécurité d’un meilleur freinage ne compensent-ils pas le risque de se couper ?

N’ayant pas l’expérience de la course, je ne peux absolument pas juger.

Tout au plus puis-je remarquer que les coureurs cyclistes ont, pendant des années, lutté contre le port obligatoire du casque, pourtant élément de sécurité aujourd’hui indiscutable. L’opposition a été telle qu’il a été nécessaire d’établir une période de transition durant laquelle les cyclistes pouvaient se débarrasser de leur casque en arrivant sur la dernière montée d’une course.

Ne devrait-on pas également considérer l’exemple qu’ils donnent à une époque où la promotion du cyclisme face à la voiture devient un enjeu sociétal ?

Suite au buzz des photos particulièrement impressionnantes de la blessure de Ventoso, j’ai entendu des particuliers refusant d’acheter un vélo de balade avec freins à disque voire croyant que ceux-ci allaient désormais être interdits sur tous les vélos. Les organisateurs des courses amateurs amicales parlent aussi d’interdir les disques. Interdir une technologie qui pourrait potentiellement éviter des accidents ! Interdire des amateurs, utilisant majoritairement leur vélo dans le traffic quotidien, d’avoir des freins à disque s’ils veulent participer à des « sportives » mi-balades, mi compétition amicales.

La résistance au changement

Vu sous cet angle, les implications et les enjeux de cette histoire sont bien plus importants qu’une vilaine coupure. Mais cela illustre à quel point l’être humain est en permanence en train de lutter contre le changement, quelle que soit la forme qu’il puisse prendre.

Dans la narration des médias sociaux, la proposition suivante paraît logique : « Un cycliste professionnel dans une course très particulière se coupe et pense que sa blessure est due à des freins. Tous les vélos du monde devraient donc désormais utiliser des freins moins efficaces. »

Notre perception du danger est complètement tronquée par les médias (dans ce cas-ci une photo de blessure), par la narration (l’usage d’analogies avec des lames de rasoirs) et complètement irrationnelle (les motos et les voitures étant familières, elles n’apparaissent pas comme dangereuses, l’accident est un cas unique,etc).

Sous de fallacieux prétextes de risques supposés, nous refusons généralement de voir en face les risques que nous courons déjà pour la simple raison que nous voulons nous complaire dans notre confortable immobilisme suranné. Nous exagérons les risques apportés par toute nouveauté. Et nous refusons les innovations qui pourraient nous apporter une réelle sécurité.

Finalement, l’être humain ne cherche absolument pas la sécurité. Il cherche l’illusion de celle-ci. Du coup, nos politiciens ne nous donnent-ils pas exactement ce que nous cherchons ?

Le fait que les vélos freineront désormais moins bien à cause d’une photo sanguinolente sur les réseaux sociaux n’est-elle pas une merveilleuse analogie, un extraordinaire résumé de toute la politique sécuritaire que nous mettons en place ces dernières décennies ?

 

Photo par photographer.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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