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Printeurs sur Wattpad

samedi 11 juillet 2015 à 19:26
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TL;DR: Printeurs est désormais disponible sur Wattpad. Suivez-moi sur cette plateforme et commencez votre lecture.

 

Il y a plus de deux ans, je m’interrogeais sur le futur du livre et l’édition. J’imaginais une plateforme où n’importe qui pourrait publier des séries, des romans, des articles, une plateforme qui abolirait la frontière entre lecteurs et auteurs. Deux ans plus tard, la plateforme qui semble avoir le plus de succès sur ce créneau est sans conteste Wattpad.

Encore peu connu chez les adultes « sérieux », Wattpad, dédié entièrement à l’écriture et à la lecture, semble rencontrer son plus grand succès… chez les adolescents. Ceux dont on dit qu’ils ne lisent pas, qu’ils n’ont pas de culture. Sur Wattpad, les adolescents se déchaînent, écrivent des kilomètres de fan-fictions, lisent, commentent, critiquent le style d’un texte.

Testé et recommandé par les blogauteurs Greg, Alias, Neil Jomunsi et analysé par Thierry Crouzet, qui y voit le contraire d’un blog, j’avoue être très en retard pour le train Wattpad.

Alors, certes, Wattpad est plein de défaut : il affiche des pubs si on n’a pas installé Adblock, il ne permet pas de rémunérer les auteurs, il n’est pas lisible sur ma liseuse Kobo (un énorme frein en ce qui me concerne). Dois-je pour autant l’éviter à tout prix ?

Au même moment, je constate que je ne progresse pas aussi vite que je le voudrais sur ma série Printeurs et que je n’arrive pas à terminer le dernier chapitre de l’Écume du temps. Pourtant, l’écriture de ces romans me procure un plaisir autrement plus important que celle d’un billet de blog. Mais je perçois un frein, une gêne.

Et si ce frein c’était tout simplement le fait que je n’utilise pas le bon outil ? Comme le théorise très bien Thierry Crouzet dans La mécanique du texte, l’outil façonne autant que l’auteur. Et l’outil ne se limite pas au clavier ou au stylo, il représente toute la chaine entre l’auteur et son lectorat. Ne suis-je pas en train d’essayer de sculpter du marbre avec un tournevis ?

Il est donc temps pour moi de tester ce nouvel outil et de vous annoncer l’arrivée de Printeurs sur Wattpad.

Pour les lecteurs, la recette est simple :

  1. Installez l’application Wattpad sur votre smartphone ou tablette (ou créez un compte via le site web).
  2. Suivez moi !
  3. Commencez à lire Printeurs.
  4. N’oubliez pas de voter pour chaque épisode.

Pourquoi voter ? Tout simplement car cela donne de la visibilité à l’histoire sur la plateforme Wattpad, cela attire de nouveaux lecteurs et, au final, cela peut être un incitant très fort à poster l’épisode suivant. Je fais donc l’expérience d’un pur chantage qui semble être la norme chez les utilisateurs de Wattpad : vous voulez la suite ? Votez !

Bonne lecture !

 

Remarque : je continuerai à publier les épisodes de Printeurs sur mon blog, par soucis d’uniformité. Mais l’expérience nous dira si cette approche vaut la peine d’être continuée.

Photo par Tim Hamilton.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Printeurs 32

lundi 6 juillet 2015 à 20:57
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Ceci est le billet 32 sur 36 dans la série Printeurs

En se connectant à un avatar, Nellio a gagné le laboratoire où il a lancé l’impression du contenu de sa carte mémoire. Eva semble hystérique et hurle. Reprenant le contrôle de la situation, Junior Freeman a injecté un sédatif à Eva avant de déconnecter Nellio et de l’envoyer dans un avatar hors d’usage.

— Nellio ? Nellio ? Nellio, réveille-toi !

J’ouvre brutalement les yeux et me redresse. J’ai le sentiment de naître, de m’extraire du néant. Où suis-je ? Quand suis-je ? Quel est mon passé ? Je suis complètement désorienté, je ne trouve aucun souvenir auquel me raccrocher. Un visage flou coiffé d’une broussaille rousse se penche sur moi.

— Désolé Nellio ! Mais je n’avais pas le temps de discuter. Je t’ai transféré dans un avatar hors d’usage afin que tu ne puisses pas faire de dégâts.

Avatar ? Dégâts ? Lentement les pièces du puzzle se remettent en place.
— Où… où sommes-nous ?
— Chez moi, dans mon appartement. Mais nous n’avons guère de temps à perdre. Mes collègues vont très vite comprendre ce qui s’est passé.
— Mais… comment sommes-nous ici ?

Du doigt, il me désigne un avatar qui se tient debout dans l’embrasure de la porte d’entrée, immobilisé dans une position grotesque.
— J’ai amené ta copine ici avec l’avatar avant de partir chercher nos deux corps au commissariat et de programmer une déconnexion différée. J’ai été un peu optimiste, je me suis fait éjecter de l’avatar à peine le pas de la porte franchie. Je me suis connecté à mon corps biologique alors qu’il était en pleine chute vers le plancher. Je te raconte pas l’atterrissage…
Il me montre des ecchymoses sur les coudes. Le brouillard qui m’engourdit le cerveau se dissipe petit à petit.
— Ma copine ? Quel cop… Eva !
— Ne t’inquiète pas, elle dort paisiblement et va se réveiller d’un instant à l’autre.
Tournant la tête, j’aperçois le corps d’Eva reposant paisiblement sur un vieux canapé en plastique souple. Junior l’a bordé d’une vieille couverture. Doucement, je m’approche et lui caresse les cheveux. Sa respiration se fait plus rapide, ses yeux s’entrouvrent et une sorte de cri étouffé commence à jaillir de sa bouche. La prenant dans mes bras, je fais de mon mieux pour la rassurer. Elle articule avec peine.
— Nel… lio ?

Junior me tend un gobelet d’eau que je porte à ses lèvres. Eva tente de boire mais, comme un enfant, ne semble pas comprendre comment utiliser ses lèvres. Sa déglutition est saccadée, comme désynchronisée. L’eau ruisselle sur son visage et inonde la couverture.

— Je vais lui prêter des vêtements, continue Junior. Et puis il faudra filer. Nous avons très peu de temps. Nous allons devoir nous barbouiller de maquillage anti-reco et trouver une planque.

Il se tourne brutalement vers moi.

— T’imagines ? Tu débarques dans ma petite vie peinard et, quelques heures plus tard, je suis un criminel recherché. Je devrais t’en vouloir mais, honnêtement, je ne me suis jamais autant marré. C’est vachement excitant ! Surtout que maintenant on va continuer sans avatar, dans un simple corps biologique. Sacré challenge !

Tout en me décrochant un grand éclat de rire, il se met à me lancer des t-shirts trop larges et des vêtements peu seyants.
— C’est parfait, ça va casser la reconnaissance de silhouette des drones. Ce sont de vieilles loques, aucune puce ou fonction électronique intégrée. Par contre, je n’ai aucune idée de où nous pourrions nous réfugier.
— Tentons de mettre un peu d’ordre dans nos idées, raisonné-je. Quel est l’objectif de Georges Farreck dans cette histoire ? S’il voulait me supprimer, il aurait déjà pu le faire. S’il ne l’a pas fait c’est que je lui suis encore indispensable pour mettre en place les printeurs. Il n’a donc pas tous les éléments.
– Cela expliquerait la relative facilité avec laquelle j’ai pu m’échapper : les policiers ont l’ordre de ne pas te tuer !
— Il a perdu Eva, il ne veut pas me perdre moi, cela se tient. Mais son comportement reste étrange.
— Ok, mais on fait quoi maintenant ? C’est le plus important !

Je réfléchis un instant.
— Junior, t’es prêt à sacrifier ton appartement ? À ne plus y revenir ?
— Ben je pense que c’est déjà le cas, je suis grillé ! Je t’avoue que, de toutes façons, en tant qu’unité spéciale ma vie était surtout au commissariat.
— Donne moi une tablette avec une connexion vers un nœud Tor2.

Il attrape un fin écran et me le tend. Pianotant rapidement, je me connecte à IRC. Impossible de me souvenir du nom du chan que Max m’avait recommandé, une longue série de caractères hexadécimaux, mais je me rappelle très bien du serveur sur lequel se connecter. En quelques secondes, je crée un compte et rejoint le chan public le plus fréquenté.

« Max, FatNerdz : Eva a perdu la clé du wifi de maman. Merci de me l’envoyer en MP. »

Junior me regarde avec un air interrogatif.
— Mais qu’est-ce que cela signifie ?
— Ça, tu vois, c’est un appeau à emmerdes. Cela signifie que ton appartement va bientôt être rayé de la carte et qu’on doit le quitter au plus vite.
— Hein ?

Son sourire s’est brutalement effacé.

— Mais pourquoi t’as fait ça ?
— Parce que j’espère que Max ou FatNerdz m’enverront une réponse avant l’explosion.
— Et si ils ne le font pas ?
— On n’aura pas le temps de s’inquiéter.
— Merde ! Merde ! Merde !

Une ligne s’affiche soudainement dans le client IRC.
— Un message privé ! C’est de Max. Un seul mot : « A12-ZZ74 000-000 ». Note-le !
— Ben copie-colle le dans mon logiciel de prise de note.
— Non, on ne doit prendre aucun matériel électronique. Note-le sur un papier.
— Un papier ? T’es comique ! Je n’ai pas ce genre de trucs, je ne suis pas un musée !
— Même dans tes toilettes ?
Il me regarde, étonné.
— Tu as bien du papier dans tes toilettes ? Ne me dis pas que tu te contentes de trois coquillages !
— Ben… Oui, j’ai du papier. Mais avec quoi j’écris ?
— Avec ce que tu trouves dans tes toilettes et qui permet d’écrire sur ce genre de papier, fais-je avec un clin d’œil.
— Mais… c’est absolument dégueulasse !
— Ton appart va sauter d’une minute à l’autre.
— Merde ! Merde !
— C’est le cas de le dire !
— Espèce d’enfoiré, fait-il en se ruant vers la toilette.
J’entends sa voix, étouffée par la porte.
— Répète ce que je dois noter.
— A12-ZZ74 000-000
— A12-ZZ74 000-000 ?
— Oui, c’est bon. On dégage !

Chacun par un bras, nous empoignons Eva qui nage dans son vieux t-shirt trop large. Elle a l’air hébétée mais nous suit sans opposer la moindre résistance. Son déplacement maladroit semble gagner en vigueur. Quatre-à-quatre, nous dévalons les escaliers de secours à l’arrière du bâtiment.

Les escaliers sont rouillés, un vent tourbillonnant ne cesse de me déséquilibrer et je réalise avec effroi que Junior vivait dans l’un des étages les plus élevés. Les moins chers dans ce genre d’immeubles où les ascenseurs ne sont plus assurés.

Chaque marche me semble un calvaire. Histoire de détourner mon attention, je tente de me mettre dans la peau de Georges Farreck. Quelles sont ses motivations ? Quel était son plan depuis le début ? Quel sera son prochain mouvement ? Ne suis-je pas complètement paranoïaque ? N’essaie-t-il pas de m’aider ?

Un drone se met soudainement à voleter autour de nous. Une voix en jaillit.
— Vous utilisez les escaliers de secours sans qu’aucune alerte n’aie été enregistrée. Veillez me montrer votre visage et énoncer la raison de votre présence.
— Il ne reconnait pas nos visages grâce à ton maquillage, murmuré-je en tournant le dos au drone.
— Il n’a sans doute pas encore contacté le central, me répond Junior. Si on arrive à activer le killswitch en le retournant, il va s’éteindre et s’écraser 30 étages plus bas.
— Problème, il se tient hors d’atteinte, à plus d’un mètre de la balustrade.
— J’ai fait ce genre de choses à l’entrainement.

Junior m’adresse un clin d’œil et, soudainement, saute sur la barrière tout en se jetant dans le vide les pieds en avant. Au dernier moment, ses mains s’accrochent à la balustrade tandis que, d’un prodigieux coup de bassin, il a saisit le drone entre ses chevilles et le retourne. L’engin automatique tombe aussitôt comme une pierre tandis que Junior reste suspendu du bout des doigts.
— Aaaaah ! hurle-t-il.
Ses doigts résistent une seconde avant de céder et de s’entrouvrir, le précipitant dans une chute mortelle.

 

Photo par Ioan Sameli.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Les 5 réponses à ceux qui veulent préserver l’emploi

lundi 29 juin 2015 à 20:51
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Si vous avez été redirigé vers cette page, c’est que d’une manière ou d’une autre vous vous êtes inquiété pour la préservation d’un type d’emploi voire que vous avez même proposé des idées pour sauvegarder ou créer de l’emploi.

Les 5 arguments contre la préservation de l’emploi

Chacun des arguments peut être approfondi en cliquant sur le ou les liens appropriés.

1. La technologie a pour but premier de nous faciliter la vie et, en conséquence, de réduire notre travail. Détruire l’emploi n’est donc pas une conséquence de quoi que ce soit, c’est le but premier que recherche notre espèce depuis des millénaires ! Et nous sommes en train de réussir ! Pourquoi voudrions-nous revenir en arrière afin d’atteindre l’inefficace plein-emploi ?

2. Le fait de ne pas travailler n’est pas un problème. C’est le fait de ne pas avoir d’argent pour vivre qui l’est. Nous avons malheureusement tendance à confondre le travail et le social. Nous sommes convaincus que seul le travail rapporte de l’argent mais c’est une croyance complètement erronée. Pour approfondir : Qu’est-ce que le travail ?

3. Vouloir créer de l’emploi revient à creuser des trous pour les reboucher. C’est non seulement stupide, c’est également contre-productif et revient à construire la société la plus inefficace possible !

4. Si créer/préserver l’emploi est un argument recevable dans un débat, alors absolument tout peut être justifiable : depuis la destruction de nos ressources naturelles à la torture et la peine de mort en passant par le sacrifice de milliers de vies sur les routes. C’est ce que j’appelle l’argument du bourreau.

5. Quel que soit votre métier, il pourra être fait mieux, plus vite et moins cher par un logiciel dans la décennie qui vient. C’est bien sûr évident quand on pense aux chauffeurs de taxi/Uber mais cela comprend également les artistes, les politiciens et même les chefs d’entreprises.

 

Conclusion : s’inquiéter pour l’emploi est dangereusement rétrograde. Ce n’est pas facile car on nous bourre le crâne avec cette superstition mais il est indispensable de passer à l’étape suivante. Que l’on apprécie l’idée ou pas, nous sommes déjà dans une société où tout le monde ne travaille pas. C’est un fait et le futur n’a que faire de votre opinion. La question n’est donc pas de créer/préserver l’emploi mais de s’organiser dans une société où l’emploi est rare.

Personnellement, je pense que le revenu de base, sous une forme ou une autre, est une piste à explorer sérieusement.

 

Photo par Friendly Terrorist.

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Le « gravel » ou quand les cyclistes bouffent du gravier

mardi 23 juin 2015 à 18:17
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Attention, ce bolg est bien un bolg sur le cyclimse. Merci de votre compréhension !

Dans cet article, j’aimerais présenter une discipline cycliste très populaire aux États-Unis : le « gravel grinding », qui signifie littéralement « broyage de gravier », plus souvent appelé « gravel ».

Mais, pour ceux qui ne sont pas familiers avec le vélo, je vais d’abord expliquer pourquoi il y a plusieurs types de vélos et plusieurs façons de rouler en vélo.

 

Les différents types de cyclisme

Vous avez certainement déjà remarqué que les vélos des coureurs du tour de France sont très différents du VTT que vient d’acquérir votre petite nièce.

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Un cycliste sur route, par Tim Shields.

En effet, en fonction du parcours, le cycliste sera confronté à des obstacles différents. Sur une longue route dans un environnement venteux, le cycliste sera principalement freiné par la résistance de l’air. Il doit donc être aérodynamique. Sur un étroit lacet de montagne, le cycliste se battra contre la gravité et doit donc être le plus léger possible. Par contre, s’il emprunte un chemin de pierres descendant entre les arbres, le principal soucis du cycliste sera de garder les roues en contact avec le sol et de ne pas casser son matériel. Le vélo devra donc amortir au maximum les chocs et les aspérités du terrain.

Enfin, un vélo utilitaire cherchera lui à maximiser le confort du cycliste et l’aspect pratique du vélo, même au prix d’une baisse drastique des performances.

 

Les compromis technologiques

Aujourd’hui, les vélos sont donc classés en fonction de leur utilisation. Un vélo très aérodynamique sera utilisé pour les compétitions de contre-la-montre ou les triathlons. Pour les courses classiques, les pros utilisent un vélo de route de type “aéro” ou un vélo ultra léger en montagne.

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Vélo aérodynamique en contre-la-montre, par Marc

Pour rouler dans les bois, on préfèrera un VTT mais les VTT eux-mêmes se déclinent en plusieurs versions, le plus éloigné du vélo de route étant le vélo de descente qui est très lourd, bardé d’amortisseurs et qui, comme son nom l’indique, ne peut servir qu’en descendant.

Ceci dit, la plupart de ces catégories sont liées à des contraintes technologiques. Ne pourrait-on pas imaginer un vélo ultra-léger (adapté à la montagne) qui soit ultra-aérodynamique (adapté à la route ou au contre-la-montre) et ultra-confortable (adapté à la ville) ? Oui, on peut l’imaginer. Ce n’est pas encore possible aujourd’hui et rien ne dit que ce le sera un jour. Mais ce n’est théoriquement pas impossible.

 

Le compromis physique

Par contre, il existe un compromis qui lui est physiquement indiscutable : le rendement par rapport à l’amortissement. Tout amortissement entraîne une perte de rendement, c’est inévitable.

L’amortissement a deux fonctions : maintenir le vélo en contact avec la route même sur une surface inégale et préserver l’intégrité physique du vélo voire le confort du cycliste.

Le cycliste va avancer en appliquant une force sur la route à travers son pédalier et ses pneus. Le principe d’action-réaction implique que la route applique une force proportionnelle sur le vélo, ce qui a pour effet de le faire avancer.

L’amortissement, lui, a pour objectif de dissiper les forces transmises au vélo par la route. Physiquement, on voit donc bien que rendement et amortissement sont diamétralement opposé.

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Un vélo de descente, par Matthew.

Pour vous en convaincre, il suffit d’emprunter un vélo pourvu d’amortisseurs et de régler ceux-ci sur amortissement maximal. Tentez ensuite de gravir une route montant fortement pendant plusieurs centaines de mètres. Vous allez immédiatement percevoir que chaque coup de pédale est partiellement amorti par le vélo.

 

Montre-moi tes pneus et je te dirai qui tu es…

L’amortisseur principal présent sur tous les types de vélos sans exception est le pneu. Le pneu est remplit d’air. La compression de l’air atténue les chocs.

Une idée largement répandue veut que les vélos de routes aient des pneus fins car les pneus larges augmentent le frottement sur la route. C’est tout à fait faux. En effet, tous les pneus cherchent à frotter au maximum sur la route car c’est ce frottement qui transmet l’énergie. Un pneu qui ne frotte pas sur la route patine, ce que l’on souhaite éviter à tout prix.

Il a même été démontré que des pneus plus larges permettaient de transmettre plus d’énergie à la route et étaient plus efficaces. C’est une des raisons pour lesquelles les Formule 1 ont des pneus très larges.

Cependant des pneus très larges signifient également plus d’air et donc plus d’amortissement. Les pneus larges dissipent donc plus d’énergie à chaque coup de pédale !

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Roues de VTT, par Vik Approved.

C’est pourquoi les vélos de route ont des pneus très fin (entre 20 et 28mm d’épaisseur). Ceux-ci sont également gonflés à très haute pression (plus de 6 bars). La quantité d’air étant très petite et très comprimée, l’amortissement est minimal.

Par contre, en se déformant les pneus larges permettent d’épouser les contours d’un sol inégal. En amortissant les chocs, ils sont également moins sensibles aux crevaisons. C’est la raison pour laquelle les VTT ont des pneus qui font généralement plus de 40mm d’épaisseur et qui sont moins gonflés (entre 2 et 4 bars). Des pneus plus fins patineraient (perte d’adhérence) et crèveraient au moindre choc.

En résumé, le pneu est certainement l’élément qui définit le plus un vélo, c’est véritablement sa carte d’identité. Pour en savoir plus, voici un lien très intéressant sur la résistance au roulement des pneus.

 

Entre la route et le VTT

Nous avons donc défini deux grandes familles de vélos sportifs. Tout d’abord les vélos de routes, avec des pneus de moins de 30mm, taillés pour la vitesse sur une surface relativement lisse mais incapables de rouler hors du bitume. Ensuite les VTTs, avec des pneus de plus de 40mm, capables de passer partout mais qui sont tellement inefficaces sur la route qu’il est préférable de les emmener en voiture jusqu’à l’endroit où l’on veut pratiquer. Il existe également bien d’autres types de vélos mais ils sont moins efficaces en terme de performance : le city-bike, inspiré du VTT qui optimise l’aspect pratique, le « hollandais », qui optimise le confort dans un pays tout plat aux pistes cyclables bien entretenues ou le fixie, qui optimise le côté hipster de son possesseur.

Mais ne pourrait-on pas imaginer un vélo orienté performance qui serait efficace sur route et qui pourrait passer partout où le VTT passe ?

Pour répondre à cette question, il faut se tourner vers une discipline particulièrement populaire en Belgique : le cyclocross. Le cyclocross consiste à prendre un vélo de route, à lui mettre des pneus un peu plus larges (entre 30 et 35mm) et à le faire rouler dans la boue en hiver. Lorsque la boue est trop profonde ou que le terrain est trop pentu, le cycliste va descendre de sa machine, l’épauler et courir tout en la portant. L’idée est que, dans ces situations, il est de toutes façons plus rapide de courir (10-12km/h) que de pédaler (8-10km/h).

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Une coureuse de cyclocross, par Sean Rowe

Le vélo de cyclocross doit donc être léger (pour le porter), capable de rouler et virer dans la boue mais avec un amortissement minimal pour être performant sur les passages les plus lisses.

Ce type de configuration se révèle assez efficace sur la route : un vélo de cyclo-cross roule sans difficulté au-delà des 30km/h mais permet également de suivre un VTT traditionnel dans les chemins forestiers. L’amortissement moindre nécessitera cependant de diminuer la vitesse dans les descentes très rugueuses. Les montées les plus techniques sur les sols les plus gras nécessiteront de porter le vélo (avec parfois le résultat inattendu de dépasser les vététistes en train de mouliner).

 

La naissance du gravel

Si une course de vélo de route peut se parcourir sur des longues distances entre un départ et une arrivée, le cyclo-cross, le VTT et les autres disciplines sont traditionnellement confinées à un circuit court que les concurrents parcourent plusieurs fois. La première raison est qu’il est de nos jours difficile de concevoir un long parcours qui ne passera pas par la route.

De plus, si des motos et des voitures peuvent accompagner les vélos de routes pour fournir le ravitaillement, l’aide technique et la couverture médiatique, il n’en est pas de même pour les VTTs. Impossible donc de filmer correctement une course de VTT ou de cyclocross qui se disputerait sur plusieurs dizaines de km à travers les bois.
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Le  genre de route qui donne son nom à la discipline.

L’idée sous-jacente du « gravel » est de s’affranchir de ces contraintes et de proposer des courses longues (parfois plusieurs centaines de km) entre un départ et une arrivée mais en passant par des sentiers, des chemins encaissés et, surtout, ces longues routes en gravier qui sillonnent les États-Unis entre les champs et qui ont donné leur nom à la discipline. Le passage par des routes asphaltées est également possible.

Des points de ravitaillements sont prévus par les organisateurs le long du parcours mais, entre ces points, le cyclistes sera le plus souvent laissé à lui-même. Transporter des chambre à air, du matériel de réparation et des sparadraps fait donc partie du sport !

Quand à la couverture média, elle sera désormais effectuée par les cyclistes eux-mêmes grâce à des caméras embarquées sur les vélos ou sur les casques.

 

L’essor du gravel

Au fond, il n’y a rien de vraiment neuf. Le mot « gravel » n’est jamais qu’un nouveau mot accolé à une discipline vieille comme le vélo lui-même. Mais ce mot « gravel » a permis une renaissance et une reconnaissance du concept.

Le succès des vidéos embarquées de cyclistes parcourant 30km à travers champs, 10km sur de l’asphalte avant d’attaquer 500m de côtes boueuses et de traverser une rivière en portant leur vélo contribuent à populariser le « gravel », principalement aux États-Unis où le cyclo-cross est également en plein essor.

La popularité de courses comme Barry-Roubaix (ça ne s’invente pas !) ou Gold Rush Gravel Grinder intéresse les constructeurs qui se mettent à proposer des cadres, des pneus et du matériel spécialement conçus pour le gravel.

 

Se mettre au gravel ?

Contrairement au vélo sur route ou au VTT sur circuit, le gravel comporte un volet romanesque. L’aventure, se perdre, explorer et découvrir font partie intégrante de la discipline. Dans l’équipe Deux Norh, par exemple, les sorties à vélo sont appelées des « quêtes » (hunt). L’intérêt n’est pas tant dans l’exploit sportif que de raconter une aventure, une histoire.

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L’auteur de ces lignes au cours d’une montée à travers bois.

Le gravel étant, par essence, un compromis, les vélos de cyclo-cross sont souvent les plus adaptés pour le pratiquer. D’ailleurs, beaucoup de cyclistes confirmés affirment que s’ils ne devaient avoir qu’un seul vélo pour tout faire, ce serait leur vélo de cyclo-cross. Cependant, il est tout à fait possible de pratiquer le gravel avec un VTT hardtail (sans amortissement arrière). Le VTT est plus confortable et passe plus facilement les parties techniques au prix d’une vitesse moindre dans les parties plus roulantes. Pour les parcours les plus sablonneux, certains vont jusqu’à s’équiper de pneus ultra-larges (les « fat-bikes »).

Par contre, je n’ai encore jamais vu de clubs de gravel ni la moindre course organisée en Belgique. C’est la raison pour laquelle j’invite les cyclistes belges à rejoindre l’équipe Belgian Gravel Grinders sur Strava, histoire de se regrouper entre gravelistes solitaires et, pourquoi pas, organiser des sorties communes.

Si l’aventure vous tente, n’hésitez pas à rejoindre l’équipe sur Strava. Et si vous deviez justement acheter un nouveau vélo et hésitiez entre un VTT ou un vélo de route, jetez un œil aux vélos de cyclo-cross. On ne sait jamais que vous ayez soudainement l’envie de bouffer du gravier !

 

Photo de couverture par l’auteur.

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