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Printeurs 46

jeudi 4 octobre 2018 à 17:09

Après Junior, c’est au tour de Max d’être tué par les défenses de l’étrange bâtiment. Eva et Nellio restent seuls.

Tout en parlant, nous continuons à marcher dans un long couloir de vitres dorées, laissant derrière nous le corps désarticulé de Max. Je suis étrangement insensible. Peut-être est-ce l’état de choc ? Nous nous arrêtons devant une large porte en bois verni et aux poignées dorées. Dans cet univers, la porte semble incongrue, hors du temps. Elle se dresse comme un cercueil au milieu d’un jardin d’enfants. Le mur qui l’entoure est constellé de bas-reliefs en marbre, de luminaires en fer forgé.

Eva semble réfléchir mais je n’en démords pas. J’exige des explications. Je veux savoir, comprendre à tout prix, quelle que soit l’incongruité du décor.

— Seconde question, Eva. Pourquoi sommes-nous, selon toi, morts ? Et pourquoi parles-tu des humains en disant “vous” ? Tu viens pourtant de prouver que tu es entièrement biologique !

— Alors, tu n’as pas encore compris ?

Ses yeux se plongent dans les miens. J’y lis une incroyable humanité, un mélange de naïveté teintée d’une infinie sagesse. Eva a les yeux d’un nouveau né qui aurait mille ans et vécu toutes les guerres. Elle est à la fois humaine et inhumaine dans sa totale humanité. Elle est le surhomme qui est tous les hommes à la fois. Face à elle, je me sens d’une idiotie sans nom. Que n’ai-je pas vu qui est pourtant tellement évident ?

— Non, je n’ai pas compris. Ou alors, je me refuse à accepter. Je veux entendre la vérité de ta propre bouche. Je veux que tu me dises tout sans sous-entendu, sans tabou. Que tu m’expliques cette vérité qui m’échappe comme tu le ferais à un enfant de cinq ans.

Lentement, elle me passe la main sur le visage. Doucement, elle se mordille les lèvres. Je frémis. Je ferme les yeux en sentant l’odeur de ses doigts frôlants mes narines.

— Quelle vérité, Nellio ?

Je la regarde en déglutissant. Elle ne m’a jamais semblé si belle qu’en cet instant. Au milieu du cataclysme chimique qu’est mon corps se mêle désormais un bestial instinct de reproduction patiemment transformé en amour par les millénaires d’évolution et de sélection naturelle.

— La vérité, Eva. La seule, l’unique vérité. Ce qui s’est vraiment passé.
— Comment pourrais-tu prétendre à la vérité toi dont la perception se limite obligatoirement à cinq sens sous-développés. Sens qui apportent leurs informations erronées a un cerveau rachitique. Une cellule du genou d’un astronome peut-elle comprendre ce qu’est une planète, ce qu’est la gravitation ? Un humain ne peut pas comprendre l’infrarouge ni l’ultraviolet. Il ne peut entendre qu’une gamme de sons tellement étroite et peut à peine imaginer ce qu’est une odeur là où un chien reconnaitra une personne plusieurs heures après son passage.
— Je…
— Nellio, les vérités sont infinies, complexes, changeantes.

Nos corps se sont rapprochés. Ses mains carressent ma poitrine, mon cou. Machinalement, je l’ai saisie par les hanches. Ma respiration se fait haletante.

— Eva, j’ai besoin de comprendre. Pourquoi ne te considères-tu pas comme faisant partie des humains ?

Pour toute réponse, elle pose goulument ses lèvres sur les miennes. Sa langue cherche maladroitement à me pénétrer. Des bras, j’entoure ses épaules, caresse son dos, descend doucement sur le creux de ses reins.

Elle s’écarte un instant pour reprendre son souffle et contemple mon visage ahuri. Un rire franc, cristallin, féminin, contagieux se répand et m’entoure. Je ne peux résister. Je ris, je l’accompagne.

Sans que je ne sache trop comment, nous nous retrouvons enlacés, roulants sur le sol vitré et brillant. Frénétiquement, elle déboutonne mon pantalon, tente de me l’enlever avec de petits gestes fébriles. Mon cœur s’emballe, ma vue se brouille. Dans mon excitation, je peine à avaler quelques bouffées d’air tout en tentant de lui prodiguer quelques maladroites caresses.

Le temps a cessé d’exister. Les morts, le risque, l’incongruité de l’endroit ont été effacés de ma mémoire alors que nos corps nus ne cherchent plus qu’à s’unir, se reproduire. Je ne suis que désir : entasser, posséder, pénétrer, aimer, recopier les chromosomes qui me constituent.

Sur le sol s’activent deux animaux gouvernés par des hormones, deux amas de cellules cherchant à se reproduire, à perpétuer la vie. Toute intelligence a disparu. Mon être, mon histoire, ma vie, ma philosophie sont condensés en cet unique instant où ma semence viendra féconder une femelle, où, peut-être, je transmettrai la vie avant de dépérir, inconscient de ma propre inutilité.

Mon sexe fouille, glisse avant de s’insérer dans ce corps que je possède, que je tiens dans mes mains. Entre deux grognements essoufflés, je vois Eva rire, gémir, se crisper de douleur, être surprise, sourire, jouir.

Je suis sur elle, je l’écrase de mon poids. L’instant d’après, elle me chevauche, me domine. Nous roulons, nous tournons. J’admire ses seins, son ventre, sa gorge, son dos, ses fesses sombres et délicieuses. Mes mains cherchent à la caresser, à jouir de chaque centimètre de son corps.

Alors qu’elle se tortille sous moi, mon sexe est brusquement enserré. Durant une fraction de seconde, ma gorge se contracte, je déglutis. Puis, je jouis dans un râle profond, bestial, organique. Mon corps est pris de spasmes incontrôlables. Eva me répond par un petit couinement avant que je ne m’affale à ses côtés, épuisé, repus.

Combien de temps restons-nous côte-à-côte sans rien dire, reprenant notre souffle ? Tout mon esprit lutte contre cet implacable sommeil post-coïtal. Je tente de reprendre mes esprits.

Eva est la première à rompre le silence :
— C’est donc cela être humain ? C’est tellement beau et effrayant à la fois. Je croyais que la douleur et le plaisir étaient deux extrêmes opposés mais je constate que, chez l’humain, la frontière est floue. Jamais je n’avais compris cela. Je tentais de minimiser la douleur et, sans le savoir, je tuais le plaisir. J’ai été créé pour le plaisir. Pourtant, je suis le fruit d’un monde de douleur.
— Eva, de quoi parles-tu ?

Elle soupire avant de m’adresser un regard à la fois complice et condescendant. Du bout des doigts, elle frôle ma joue.
— Il est temps que je t’explique qui je suis, Nellio…

Dans un claquement, la porte devant laquelle nous gisons, pantins nus et désarticulés, s’ouvre brusquement.

Photo by Alessia Cocconi on Unsplash

Je suis @ploum, conférencier et écrivain électronique déconnecté rémunérés en prix libre sur Tipeee, Patreon, Paypal, Liberapay ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens, même symboliques, font une réelle différence pour moi. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Je suis déconnecté !

mercredi 3 octobre 2018 à 21:35

Bonjour,

Ceci est un répondeur automatique.

Jusqu’au 31 décembre 2018, j’ai décidé de tenter l’expérience de me déconnecter complètement des réseaux sociaux, des sites de presse/média/informations/actualités et de tout service web vivant de la publicité. Je vous détaille mes motivations dans ce billet.

Mes comptes Twitter, Mastodon et ma page Facebook continueront à exister et être alimentés automatiquement par les billets de ce blog mais je ne verrai pas vos demandes d’ajout, vos commentaires, vos notifications, vos likes ni vos messages. Les autres comptes (Facebook perso, Google+, Diaspora, …) seront certainement désertés. 

Cette expérience sera partagée sur ce blog, tant au niveau des réflexions que des outils techniques mis en place. Si vous la trouvez intéressante, n’hésitez pas à me soutenir sur Tipeee.

Si vous voyez une personne tentant d’interagir avec moi sur un réseau social, merci de lui envoyer ce lien.

Pour me contacter, utilisez le mail: lionel@ploum.net ou laissez un message après le bip sonore.

BIIIIIIIIP

Photo by Amy Lister on Unsplash

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En partance pour ma déconnexion…

mercredi 3 octobre 2018 à 00:18

Pourquoi je compte retourner dans ma Thébaïde et partager avec vous mon expérience de déconnexion totale des réseaux sociaux et des informations.

Depuis le temps que je suis Thierry Crouzet sur les réseaux sociaux, que je lis ses livres, j’avoue ne jamais avoir été intéressé par son “J’ai débranché”, récit où il raconte son overdose d’Internet et sa déconnexion totale pendant 6 mois.

Un soir, alors que je checkais compulsivement mon flux Twitter pour me récompenser d’avoir accompli un travail ennuyeux, le titre m’est revenu à l’esprit et j’ai subitement eu envie de le lire. Miracle de la génération Internet/pirates, il me fallu moins d’une minute pour que les caractères s’impriment sur l’écran de ma liseuse.

L’histoire de Thierry me parle particulièrement car j’ai découvert que je partage énormément avec lui. Par certains aspects, j’ai même l’impression d’être une version belge du Crouzet grande gueule franchouillard. Asocial limite misanthrope (sauf pour donner des conférences), en colère contre la bêtise du monde (mais moins que lui), accro à la lecture et à Internet (mais moins que lui), écrivain électronique (mais moins que lui). Comme lui je ne sais pas discuter sans placer d’incessantes références à mes écrits (bon moi ce sont des billets de blogs, lui des livres) et comme lui je suis amoureux de vélo et d’admirer de vastes étendues d’eau (mais moi je n’ai pas la chance de l’avoir dans mon jardin, ce qui me rend mortellement jaloux).

Bref, je reconnais dans son texte une caricature de ce que j’ai l’impression d’être : chevalier blanc parti sauver le monde sur Internet. Les premiers chapitres sont sans concession : le premier pas vers la guérison est l’acceptation que l’on est malade. Crouzet était malade d’Internet. Le suis-je également ?

Pourtant je trouve Internet tellement merveilleux. Tellement magnifique. Je pense encore qu’Internet représente le futur de l’humanité, que notre salvation passera par l’évolution d’un Homo Sapiens en Homo Collaborans, cellule d’un gigantesque être vivant dont la colonne vertébrale sera Internet.

Du coup, encore une fois, je trouve Crouzet un peu trop extrême : se déconnecter d’Internet au point d’aller chercher des numéros de téléphone dans un papier, c’est rigolo pour la télé-réalité type “Mon Crouzet chez les non-connectés” mais est-ce constructif ?

Pour moi, le cœur du problème reste avant tout la publicité. Outre son effet destructeur indéniable sur notre cerveau, la publicité a introduit un effet particulièrement pervers : la course au clic. Même si ce n’est plus réellement rentable, les sites webs doivent désormais vendre des clics et du temps passés en ligne. Ils s’optimisent donc tous sur ce modèle : rendre les utilisateurs le plus accro possible pour qu’ils viennent souvent et qu’ils cliquent le plus sur les publicités. Le clic est devenu l’observable (je vous avais dit que je faisais des autoréférences) qui fait tourner le web au point que peu sont ceux qui osent même imaginer un modèle de rémunération non lié à la publicité ou au clic.

Cette forme de monétisation à introduit toute sorte d’innovations particulièrement délétères pour notre cerveau : notifications rouges pour donner envie de cliquer, flux infini, pour avoir l’impression qu’on va rater quelque chose si on quitte la page, “likes” surdimensionnés pour être facile à envoyer en un clic et pour entrainer un shoot de dopamine chez le posteur (alors qu’ils sont fondamentalement inutiles, tout comme les “pokes” ou le défunt réseau social “yo”).

Je me rends compte que je préfère chercher de nouveaux articles à lire et à ajouter à Pocket que de les lire pour de bon ! Je rêve également de lire attentivement certains livres sur mon étagère mais je les pose à côté de mon ordinateur. Lorsque je les feuillette, ordinateurs et téléphones semblent clignoter, m’appeler !

Au départ, je pensais qu’une simple prise de conscience suffisait. Que je n’étais pas si addict. Puis, j’ai installé un bloqueur temporaire (SelfControl). J’ai découvert que, alors que je savais pertinemment que certains sites étaient bloqués, mes doigts tapaient l’URL par réflexe lorsque j’en avais marre de ce que je faisais. J’ai été ébahi de voir une page d’erreur de connexion pour Twitter alors que je n’avais jamais consciemment décidé d’aller sur Twitter. Le cerveau a tellement renforcé ces connexions et lié cela à de petites décharges de plaisir que j’ai perdu le contrôle.

J’ai donc décidé de tenter une expérience de déconnexion. Non pas d’Internet mais des réseaux sociaux et des médias en général. De reconstruire ma Thébaïde qui s’est fait largement envahir ces dernières années. Contrairement à Thierry, je n’ai pas eu d’alerte médicale. Ma motivation est toute autre : je me rends compte que le temps passé en ligne n’est plus productif. Je n’écris plus de formats longs, mes textes croupissent, je préfère l’immédiateté d’un Tweet qui recevra 2 ou 200 likes.

J’ai besoin et envie d’écrire. Mais j’ai également besoin et envie d’être lu car un texte n’existe que dans l’esprit du lecteur. Ma déconnexion concernera les réseaux sociaux et tous les sites qui tentent de “m’informer”, de me prendre du temps de cerveau. J’ai n’ai pas besoin ni envie de savoir ce qui se passe dans le monde. C’est certes amusant, souvent énervant mais cela me donne envie de rebondir immédiatement. Cela me fait perdre du temps, de l’énergie mentale et cela manipule mes émotions.

Le but est d’arriver à trouver un ensemble de règles, de sites à bloquer, et un setup qui me permettent de profiter d’Internet sans en être esclave. Avoir les bons côtés sans les désagréments. C’est pourquoi je partagerai sur ce blog mes ressentis et mes résultats.

Depuis plusieurs années, il n’y a pas de statistiques ni de commentaires sur ce blog. Deux décisions que je n’ai jamais regrettées. Mais les statistiques et les commentaires se sont finalement déplacés vers les réseaux sociaux. En m’en coupant une nouvelle fois, je ne fais que mettre en place ce que j’ai toujours prôné. Le plus amusant c’est que, à part si vous m’envoyez un mail direct, je ne saurai jamais si ce que j’écris est populaire, utile à d’autres, repartagé ou ignoré. Mais c’est cela la beauté de l’expérience ! Ma seule observable sera de voir le nombre de contributeurs augmenter sur Tipeee et Liberapay.

Le temps de boucler mes bagages et je suis en partance pour cette expérience que je partagerai en intégralité avec vous sur ce blog et, ironiquement, sur les réseaux sociaux où mes billets seront partagés automatiquement sans intervention de ma part.

Je suis curieux et impatient même, si je l’avoue, la communauté Mastodon va peut-être me manquer un peu.

Photo by Nicholas Barbaros on Unsplash

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

De blogueur à auteur pour enfants et éditorialiste ?

samedi 29 septembre 2018 à 14:07

Au cours de ma vie, je suis souvent passé par des périodes d’exploration, de dispersion suivies de périodes de recentrage, de concentration, tentant d’aller à l’essentiel. C’est ainsi que depuis quelques années je cherche à me focaliser sur ce qui me passionne, l’écriture.

Mais écrire se révèle une activité bien plus variée que je ne le croyais. Outre le blog et mon feuilleton Printeurs, je ne peux m’empêcher d’explorer de nouveaux terrains.

Tout d’abord avec la littérature pour enfant, à travers les aventures d’Aristide dont le crowdfunding se termine lundi. Et, je l’avoue, je n’en serai pas fâché. C’est épuisant de rappeler sans cesse que la campagne est en cours, de vous demander de soutenir alors que la plupart des gens voyant ce message soutiennent déjà, de faire le spammeur quand on a horreur du spam. Mais sans doute est-ce une expérience indispensable dans la vie d’un auteur moderne. (et si vous n’avez pas encore votre exemplaire commandé, c’est le moment !)

À l’opposé des contes enfantins, je découvre également avec délectation la position d’éditorialiste sur le ProofOfCast.

Si vous ne l’avez pas encore écouté, je vous conseille vivement ce podcast en français consacré aux cryptomonnaies et autres blockchains. D’ailleurs, le dernier épisode vient juste d’être mis en ligne et vous pouvez nous suivre sur Mastodon.

Lorsque Sébastien Arbogast a lancé l’idée, j’ai tout de suite accepté, sachant qu’il serait aux manettes : enregistrement, montage, mise en ligne, promotion, rédaction. De mon côté, je me contente de la confortable position d’éditorialiste.

Après 5 éditoriaux, j’avoue trouver l’expérience absolument fascinante. Écrire un éditorial pour un podcast, et donc pour le langage parlé, est un exercice complètement différent de l’écriture de blog, de livres ou de quoi que ce soit d’autres. C’est une diversification que j’adore et je commence déjà à trouver quelques marques, quelques réflexes, à remarquer que l’écriture devient plus plaisante. En fait, je rigole à mes propres blagues en écrivant mes éditos (je suis bon public) et, comme le dit Seb, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même.

Bref, si vous n’avez pas encore entendu nos délires, je vous encourage à rattraper votre retard en réécoutant les épisodes de ProofOfCast (je n’interviens pas dans tous mais ils sont tous biens quand même).

Et si vous cherchez une plume éditoriale pour votre podcast ou votre émission radio, n’hésitez pas à me soumettre le projet. C’est un exercice dans lequel je débute totalement mais où je prendrais beaucoup de plaisir à m’améliorer.

Photo by Will Francis on Unsplash

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Et si vos comptes disparaissaient demain ?

jeudi 20 septembre 2018 à 14:33

Petit rappel sur le danger des plateformes centralisées

On a tendance à l’oublier mais, aujourd’hui, la plupart de nos interactions sur le net ont lieu à travers des plateformes centralisées. Cela signifie qu’une seule entité possède le pouvoir absolu sur ce qui se passe sur sa plateforme.

C’est fort théorique jusqu’au jour où, sans raison apparente, votre compte est suspendu. Du jour au lendemain, tous vos contenus sont inaccessibles. Tous vos contacts sont injoignables (et vous êtes injoignables pour eux).

C’est insupportable lorsque ça vous arrive à titre privé. Cela peut être tout bonnement la ruine si cela vous arrive à titre professionnel. Et ce n’est pas réservé qu’aux autres.

Un ami s’est ainsi un jour réveillé pour constater que son compte Google était complètement suspendu. Il n’avait plus accès à ses emails personnels et semi-professionnels. Il n’avait plus accès à ses documents Google Drive, à son calendrier. Il n’avait plus accès à tous les services qui utilisent votre adresse Google pour se connecter. La plupart des apps de son téléphone ne fonctionnaient plus. Il était numériquement anéanti et n’avait absolument aucun recours. De plus, il était en voyage à l’autre bout du monde. Cela pourrait limite faire le scenario d’un film.

Par chance, un de ses contacts travaillait chez Google et a réussi à débloquer la situation après quelques semaines mais sans aucune explication. Cela pourrait lui arriver encore demain. Cela pourrait vous arriver à vous. Faites l’expérience de vivre une semaine sans votre compte Google et vous comprendrez.

Personnellement, je ne me sentais pas trop concerné car, si je suis encore partiellement chez Google, j’ai un compte payant avec mon propre nom de domaine. Celui-là, me disais-je, ne devrait jamais avoir de problème. Après tout, je suis un client payant.

Mais voilà que je découvre que mon profil Google+ a été suspendu. Si je peux toujours utiliser mes mails et mon calendrier, tous mes posts Google+ sont désormais inaccessibles. Heureusement que, depuis des années, je n’y postais plus activement et que j’avais copié sur mon blog tout ce que je trouvais important pour moi. Néanmoins, pour les 3000 personnes qui me suivent sur Google+, j’ai tout simplement cessé d’exister et ils ne le savent pas (merci de leur envoyer ce billet). Lorsque je collabore à un document sur Google Drive, ce n’est plus ma photo et le nom que j’ai choisi qui s’affichent. Je ne peux plus non plus commenter sur Youtube (pas que ça m’arrive).

Bref, si cette suppression de profil n’est pas dramatique pour moi, elle sert quand même de piqûre de rappel. Sur Twitter, j’ai vécu un incident similaire lorsque j’ai décidé de tester le modèle publicitaire en payant pour promouvoir les aventures d’Aristide, mon livre pour enfant (que vous pouvez encore commander durant quelques jours). Après quelques impressions, ma campagne a été bloquée et j’ai été averti que ma publicité ne respectait pas les règles de Twitter (un livre pour enfants, imaginez un peu le scandale !). Chance, mon compte n’a pas été affecté par cette décision (cela m’aurait bien plus ennuyé que la suspension Google+) mais, encore une fois, on n’est pas passé loin.

Même histoire sur Reddit où, là, mon compte a été “shadow banned”. Cela veut dire que je ne m’en rendais pas compte mais tout ce que je postais était invisible. Je m’étonnais de n’avoir aucune réponse à mes commentaires et c’est plusieurs contacts qui m’ont confirmé ne pas voir ce que je postais. Un modérateur anonyme a décidé, de manière irrévocable, que je ne convenais pas à Reddit et je n’en savais rien.

Sur Facebook, les histoires de ce genre sont nombreuses même si je n’en ai pas fait l’expérience personnellement. Sur Medium, le projet Liberapay a également connu ce genre d’aventure car, comme toute plateforme centralisée, Medium s’arroge le droit de décider ce qui est publiable ou non sur sa plateforme.

Dans chacun des cas, vous remarquez qu’il n’y a aucune infraction clairement identifiée et qu’il n’y a aucun recours. Parfois il est possible de demander de réexaminer la situation mais la discussion n’est généralement pas possible, tout est automatique.

Mais alors, que faire ?

Et bien c’est la raison pour laquelle je vous recommande chaudement de me suivre également sur Mastodon, un réseau social décentralisé. Je ne possède pas ma propre instance mais j’ai choisi de créer mon compte sur mamot.fr qui est mis en place par La Quadrature du Net. J’ai la conviction qu’en cas de problème ou de litige, j’aurai face à moi un interlocuteur humain qui partage plus ou moins ma sensibilité.

Bien sûr, la solution n’est pas parfaite. Si votre instance Mastodon disparait, vous perdrez également tout. C’est la raison pour laquelle beaucoup de mastonautes ont désormais plusieurs comptes. J’avoue que, dans ce cas-ci, je fais une confiance aveugle aux capacités techniques de La Quadrature du Net. Mais, à choisir, je préfère perdre un compte suite à un problème technique que suite à une décision politique inique et indiscutable.

En attendant une solution parfaite, il est important de se rappeler constamment que nous offrons du contenu aux plateformes et qu’elles en font ce qu’elles veulent ou peuvent. Ne perdez donc pas trop d’énergie à faire de grandes tartines, à travailler vos textes là-bas. Gardez à l’esprit que tous vos comptes, vos écrits, vos données, vos contacts peuvent disparaitre demain. Prévoyez des solutions de rechange, soyez résilients.

C’est la raison pour laquelle ce blog reste, depuis 14 ans, une constante de ma présence en ligne, mon seul historique officiel et unique. Il a déjà une longévité plus grande que la plupart des services web et j’espère même qu’il me survivra. 

PS: Sans explication, mon compte Google+ semble être de nouveau actif. Mais jusqu’à quand ?

Photo by Kev Seto on Unsplash

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