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Campagne Ulule : les aventures d’Aristide, le lapin cosmonaute

jeudi 9 août 2018 à 16:04

Le problème d’Aristide, c’est qu’il passe un peu trop de temps sur Internet. Et que passer du temps sur Internet, ça donne des idées. Du genre des idées d’aller dans l’espace, d’explorer les planètes et de faire un petit pas pour un lapin mais un grand pas pour la lapinité.

C’est dit, Aristide ne sera pas commercial dans l’entreprise d’exportation de carotte familiale. Il sera cosmonaute !

Pour y arriver, il a besoin de votre aide sur notre campagne de financement participatif.

Né dans l’imagination de votre serviteur et mis en image par le talent graphique de Vinch, les aventures d’Aristide a été conçu pour un livre pour enfant à destination des adultes : texte dense, vocabulaire fouillé, humour absurde et second degré.

Mais n’infantilise-t-on pas un peu trop les enfants ? Eux aussi sont capables de se passionner pour une histoire plus longue, d’apprécier la naïveté colorée d’une conquête spatiale pas comme les autres. Aristide est donc un livre pour enfants pour adultes pour enfants. Avec en filigrane une problématique actuelle : faut-il croire tout ce qu’on lit sur Internet ? Parfois oui, parfois non, parfois cela donne des idées…

Bien que ce projet aie nécessité énormément de travail et d’efforts, nous avons choisi la voie de l’auto-édition afin de réaliser un véritable livre pour enfants (mais pour adultes pour enfants, vous suivez ?) de l’époque Internet. Plutôt que d’optimiser les coûts, nous cherchons avant tout à produire un livre de qualité sur tous les aspects (impression, papier recyclé). Le choix définitif de l’imprimeur n’est d’ailleurs pas arrêté, si jamais vous avez des filons, faites nous signe !

Bref, je pourrais vous parler de ce projet pendant des heures mais, aujourd’hui, on a surtout besoin de votre soutien à la fois financier et à la fois pour diffuser le projet sur les réseaux sociaux (surtout ceux hors-internet, genre les amis, la famille, les parents de l’école, toussa).

De la part d’Aristide, un tout grand merci d’avance !

Je suis @ploum, conférencier et écrivain électronique rémunérés en prix libre sur Tipeee, Patreon, Paypal, Liberapay ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens, même symboliques, font une réelle différence pour moi. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

SiguéPloum, apprenons et partageons ensemble !

vendredi 6 avril 2018 à 09:58

J’ai le plaisir de vous annoncer la création de la société SiguéPloum, société co-fondée avec ma partenaire de vie.

Ces 12 derniers mois auront été pour moi une profonde mutation, tant personnelle, que professionnelle. Mon nouveau rôle de père me rappelle sans cesse l’importance de l’éducation, quel que soit l’âge. Au fil des années, les spectateurs de mes conférences et, plus récemment, mes étudiants à l’université m’ont fait prendre conscience de l’importance de partager mes connaissances. Non pas comme une vérité absolue ou une connaissance infaillible mais plutôt comme un instantané de ce que j’ai appris, de ce que je suis aujourd’hui.

Je ne cherche plus à expliquer ce que je connais mais plutôt à partager l’état de mes réflexions sur un sujet avec pour objectif de faire gagner du temps à mon public. Si j’ai mis 5, 10 ou 15 ans pour arriver aux conclusions que je vous partage, vous pouvez vous en emparer pour aller plus vite, les dépasser, aller plus loin.

À travers la société SiguéPloum, ce goût pour le partage de la connaissance et l’éducation devient une profession, un métier.

Vous vous en doutez, parmi mes sujets de prédilection se trouveront toujours la blockchain, les logiciels libres, l’innovation, la futurologie et l’impact des technologies sur la société. C’est donc avec grand plaisir que je continuerai à donner des conférences et des formations sur le sujet.

Mais, grâce à la complicité de ma partenaire, conseiller en prévention des risques psychosociaux de formation, la mission de SiguéPloum s’étend pour permettre aux entreprises comme aux individus de se questionner sur leur organisation, leur impact et l’influence des outils utilisés. À l’heure des questionnements complexes et pluridisciplinaires comme le respect de la vie privée en ligne ou la dépendance numérique et le burn-out, la complémentarité de notre couple nous est apparue comme une force que nous souhaitions partager.

Nous aimerions également partager ces sujets avec les plus jeunes, qui sont souvent la source d’un éclairage nouveau ou de pensées particulièrement originales.

Si SiguéPloum représente une casquette de plus pour le Ploum blogueur, maître de conférence à l’École Polytechnique de Louvain, chercheur et conférencier, j’ai la fierté de dire que toutes ces casquettes ont une mission commune : “Apprendre et partager”.

Apprendre et partager ensemble.

Mon plaisir, ma vocation et, désormais, ma profession.

 

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Pour l’abolition du Like

samedi 10 mars 2018 à 15:06

Le like est lâche, inutile, paresseux. Il ne sert à rien, il nous entretient dans un état d’hébétude.

Je ne suis pas assez courageux pour assumer, pour repartager à mon audience. Je ne suis pas assez volontaire pour répondre à l’auteur. Alors je like. Et je cherche à augmenter mon nombre de like. Ou de followers qui, subtilement, sont d’ailleurs représentés par des likes sur les pages Facebook.

Je ne cherche plus qu’à flatter mon égo et, grand prince, j’octroie parfois un peu d’ego bon marché à d’autres. Tenez, manants ! Voici un like, vous m’avez amusé, ému ou touché ! Votre cause est importante et mérite mon misérable et inutile like.

Je veux aller vite. Je consomme sans réfléchir. Je like une photo pour l’émotion qu’elle suscite immédiatement mais sans jamais creuser vraiment, sans réfléchir à ce que cela veut dire réellement.

Mon esprit critique fond, disparait, enfoui sous les likes, ce qui est une aubaine pour les publicitaires. Et puis, j’en viens à acheter des likes. Des likes qui ne veulent plus rien dire, des followers qui n’existent pas.

Forcément, à partir du moment où une observable (le nombre de likes) est censée représenter un concept beaucoup plus ardu (la popularité, le succès), le système va tout faire pour maximiser l’observable en le décorellant de ce qu’elle représente.

Les followers et les likes sont désormais tous faux. Ils n’ont que la signification religieuse que nous leur accordons. Nous sommes dans notre petite bulle, à interagir avec quelques idées qui nous flattent, qui nous brossent dans le sens du poil, qui nous rendent addicts. Peut-être pas encore assez addicts selon certains qui se font une fierté de rendre cette addiction encore plus importante.

Il faut sortir de cette spirale infernale.

Le prochain réseau social, le réseau enfin social sera anti-like. Il n’y aura pas de likes. Juste un repartage, une réponse ou un micropaiement libre. Pas de statistiques, pas de compteur de repartarges, pas de nombre de “personnes atteintes”.

Je vais même plus loin : il n’y aura pas de compteurs de followers ! Certains followers pourraient même vous suivre de manière invisible (vous ne savez pas qu’ils vous suivent). Finie la course à l’audience artificielle. Notre valeur viendra de notre contenu, pas de notre pseudo popularité.

Lorsque ce réseau verra le jour, l’utiliser paraîtra angoissant, vide de sens. Nous aurons l’impression que nos écrits, nos paroles s’enfoncent dans un puit sans fond. Suis-je lu ? Suis-je dans le vide ? Paradoxalement, ce vide pourrait peut-être nous permettre de reconquérir la parole que nous avons laissée aux publicitaires en échange d’un peu d’égo, nous libérer de nos prisons de populisme en 140 caractères. Et, parfois, miraculeusement, quelques centimes d’une quelconque cryptomonnaie viendront nous remercier pour nos partages. Anonymes, anodins. Mais tellement signifiants.

La première version d’un réseau de ce type existe depuis des siècles. On l’appelle “le livre”. Initialement, il a été réservé à une élite minoritaire. En se popularisant, il a été corrompu, transformé en machine commerciale pleine de statistiques qui tentent d’imprimer des millions de fois les quelques mêmes livres appelés “best-sellers”. Mais le vrai libre, le livre anti-like existe toujours, indépendant, auto-édité, attendant son heure pour renaître sur nos réseaux, sur nos liseuses.

Le livre du 21ème siècle est là, dans nos imaginations, sous nos claviers, attendant un réseau qui conjuguerait la simplicité d’un Twitter et la profondeur d’un fichier epub, qui mélangerait l’esprit d’un Mastodon et d’un Liberapay. Qui serait libre, décentralisé, incensurable, incontrôlable. Et qui bannirait à jamais l’effroyable, l’antisocial bouton “like”, celui qui a transformé nos velléités de communiquer en pleutres interactions monétisées par les publicitaires.

Photo by Alessio Lin on Unsplash

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Le Bitcoin va-t-il détruire la planète ?

lundi 5 mars 2018 à 08:16

Article co-rédigé avec Mathieu Jamar.

Vous n’avez pas pu manquer les nombreux articles qui comparent la consommation énergétique du réseau Bitcoin à celui de différents pays. Et tous d’insister sur la catastrophe écologique qu’est le Bitcoin.

Bitcoin consomme plus que tous les pays en orange ! Horreur !

Si le Bitcoin consomme autant d’électricité que le Maroc, c’est une catastrophe, non ?

Non.

« Bitcoin pollue énormément et va détruire la planète » est au Bitcoin ce que « Les étrangers piquent notre boulot » est à l’immigration. Une croyance facile à instiller mais fausse sur tellement de niveaux que ça en devient difficile d’énumérer les différentes erreurs. Ce que je vais pourtant tenter de faire.

Pour simplifier, je vais diviser les erreurs de raisonnement en quatre parties :
1. La fausse simplification consommation équivaut à pollution
2. On ne compare que ce qui est comparable
3. Non, l’énergie du Bitcoin n’est pas gaspillée
4. L’optimisation en ingénierie

Consommation électrique n’est pas pollution

En tout premier lieu, consommer de l’électricité ne pollue pas. Ce qui pollue, ce sont certains moyens de production d’électricité.

C’est pareil, me direz-vous. Et bien pas du tout !

Vous êtes certainement convaincu que les voitures électriques, qui consomment de l’électricité, sont un atout dans la préservation de l’environnement. Or, selon les conditions, une Tesla consommerait entre entre 5000 et 10.000kWh pour 20/30.000 km par an.

Cela veut dire que si la moitié des automobilistes d’un petit pays comme la Belgique achetait une Tesla, cette moitié consommerait à elle seule plus que toute la consommation du Bitcoin ! Et je ne parle que de la moitié d’un tout petit pays ! Vous imaginez la catastrophe si il y’avait plus de Tesla ?

Mais trêve de comparaison foireuse, pourquoi est-ce que la consommation électrique n’est pas nécessairement polluante ? Et pourquoi les voitures électriques sont écologiquement intéressantes ?

Premièrement parce que parfois l’électricité est là et inutilisée. C’est le cas des panneaux solaires, des barrages hydro-électriques ou des centrales nucléaires qui produisent de l’électricité, quoi qu’il arrive. On ne peut pas faire ON/OFF. Et l’électricité est pour le moment difficilement transportable.

Selon une étude de Bitmex, une grande partie de l’électricité aujourd’hui utilisée dans le Bitcoin serait en fait de l’électricité provenant d’infrastructures hydro-électriques sous-utilisées car initialement dédiée à la production d’aluminium en Chine, production qui a baissé drastiquement suite à une baisse de demande pour ce matériau. Je répète : le Bitcoin a bénéficié d’une grande quantité d’électricité non-utilisée et donc très bon marché, écologiquement comme économiquement.

Dans certains cas, diminuer la consommation électrique peut même être problématique. Lors de mes études, on m’a raconté que l’éclairage outrancier des autoroutes belges a été conçu pour absorber l’excédent électrique des centrales nucléaires durant la nuit. Je ne sais pas si c’est vrai mais cela était affirmé comme tel par des professeurs d’université.

En deuxième lieu, si on se concentre uniquement sur la pollution de CO2 (qui est loin d’être la seule pollution mais la plus médiatique actuellement), il est tout simplement impossible de faire une équivalence: autant d’électricité produite équivaut à autant de CO2 produit. En effet, le CO2 produit dépend complètement du moyen de production utilisé. Pire, chaque atome de CO2 n’est pas équivalent ! Comme je l’expliquais, le seul CO2 problématique est celui qui provient du carbone fossile (charbon, pétrole, gaz). Le reste est du carbone est déjà présent dans le cycle naturel du carbone (le CO2 de votre respiration ou celui produit par une centrale à cogénération par exemple).

Alors je sais qu’on nous lave le cerveau depuis des années avec “consommer de l’électricité, c’est mal, il faut éteindre les lumières” mais c’est un raccourci très très très raccourci qui peut parfois être faux. Dans son livre “Sapiens”, Harari affirme que tenter de consommer moins d’électricité n’a aucun sens. Ce qu’il faut améliorer, ce sont les moyens de production. Il ajoute que quelques kilomètres carrés de panneaux solaires dans le Sahara suffirait à alimenter toute la planète. Cette solution n’est malheureusement pas réalisable en l’état car l’électricité reste difficile à déplacer sur de grandes distances mais cela illustre bien que le challenge est dans l’amélioration de la production et du transport, pas dans une hypothétique réduction de la consommation.

Bref, pour résumer, il est tout simplement faux de dire que consommer de l’électricité pollue. Cela peut être parfois (ou souvent) le cas mais c’est très loin d’être une vérité générale.

Et oui, c’est très difficile à admettre quand ça fait 10 ans qu’on met des ampoules écolos et qu’on mesure chaque kilowattheure de sa maison pour se sentir l’âme d’un sauveur de planète. Mais ces actions n’ont qu’un impact infime par rapport à d’autres actions individuelles (par exemple réduire l’utilisation d’une voiture à essence).

Comparons ce qui est comparable

Les comparaisons que j’ai vue sont toutes plus absurdes que les autres. Bitcoin consommerait autant que le Maroc. La consommation du Bitcoin aurait annulé les bénéfices de l’obligation des ampoules économiques en Europe. Voire “Bitcoin consommerait plus que 159 pays” (en oubliant de préciser qu’il s’agit d’un classement, pas de la somme de ces pays).

Dit comme ça, ça paraît catastrophique.

Mais vous savez combien consomme le Maroc, vous ? Vous savez que le Maroc a 33 millions d’habitants et qu’on estime entre 13 et 30 millions le nombre d’utilisateurs de Bitcoin ? Bref que l’ordre de grandeur est tout à fait comparable !

Quand aux ampoules, cela ne veut-il pas dire tout simplement que cette mesure d’obligation des ampoules économiques est tout simplement une mesurette qui n’a pas servi à grand chose en termes d’économie ? Je ne dis pas que c’est une éventualité tout à fait plausible.

Bref, il faut comparer ce qui est comparable.

Aujourd’hui, Bitcoin est avant tout un système d’échange de valeur. Il se compare donc aux monnaies, au banque et à l’or.

Surprise, le Bitcoin consomme à peine plus que la production des pièces de monnaies et des billets de banque ! Or, rappelons que les pièces et billets ne représentent que 8% de la masse monétaire totale et plus spécifiquement 6,2% pour la zone euro.

Il consomme également près de 8 fois moins que l’extraction de l’or ou 50 fois moins que la production de l’aluminium. Or, outre la consommation énergétique, l’extraction de l’or est extrêmement contaminante (notamment en termes de métaux lourds comme le mercure).

Source : @beetcoin

La pollution liée à l’or semble d’autant plus inutile quand on sait que 17% de tout l’or extrait dans l’histoire de l’humanité est entreposé dans les coffres des états et ne bougent pas. Comme le disait Warren Buffet, l’or est extrait d’un trou en Afrique pour être mis dans un trou gardé jour et nuit dans un autre pays. Si on ajoute à cela l’or acheté par des particuliers (pour garder dans un coffre ou planquer sous un matelas) ou utilisé dans la joaillerie (dont l’utilité est donc uniquement esthétique), il ne reste que 10% de la production annuelle d’or qui est utilisé dans l’industrie !

Si Bitcoin remplaçait l’or stocké dans des coffres, même partiellement, ce serait donc une merveille d’écologie, comparable au remplacement de toutes les voitures à essence du monde par des voitures électriques.

Et s’il fallait comparer Bitcoin au système bancaire, avec ses milliers d’immeubles refroidis à l’air conditionnés, ses millions d’employés qui viennent bosser en voiture (ou en jets privés), je pense que le Bitcoin ne paraîtrait plus écologique mais tout simplement miraculeux.

Sans compter que nous n’en somme qu’au début ! Bitcoin a le potentiel pour devenir une véritable plateforme décentralisée qui pourrait remplacer complètement le web tel que nous le connaissons et modifier notre interactions sociales et politiques : votes, communications, échanges sans possibilité de contrôle d’une autorité centralisée.

Vous êtes-vous déjà demandé quelle est la consommation énergétique d’un Youtube qui sert essentiellement à vous afficher des pubs entre deux vidéos rigolotes (et donc de vous faire consommer et polluer plus) ? Et bien la consommation des data-centers de Google en 2015 était supérieure à la consommation du Bitcoin en 2017 ! Cela n’inclut pas les consommations des routeurs intermédiaires, de vos ordinateurs/téléphones/tablettes ni de tous les bureaux de Google autres que les data centers !

Face à ces nombres, quelle est selon vous la consommation acceptable pour une plateforme décentralisée mondiale capable de remplacer l’extraction hyper polluante de l’or, les banques, l’Internet centralisés voire même les états ? Ou, tout simplement, de protéger certaines de nos libertés fondamentales ? Avant de critiquer la consommation de Bitcoin, il est donc nécessaire de quantifier à combien nous estimons une consommation « normale » pour un tel système.

Un gaspillage d’énergie ?

Une autre incompréhension, plus subtile celle-là, est que l’énergie du Bitcoin est gaspillée. Il est vrai que les mineurs cherchent tous à résoudre un problème mathématique compliqué et consomment tous de l’électricité mais que seul le premier à trouver la solution gagne et il faut à chaque fois tout reprendre à zéro.

Vu comme ça, cela parait du gaspillage.

Mais la compétition entre mineurs est un élément essentiel qui garantit la décentralisation du Bitcoin. Si les mineurs se mettaient d’accord pour coopérer, ils auraient le contrôle sur le réseau qui ne serait plus décentralisé.

Ce “gaspillage”, appelé “Proof of Work”, est donc un élément fondamental. Chaque watt utilisé l’est afin de garantir la décentralisation du système Bitcoin.

Ce serait comme dire que les policiers doivent rester enfermés dans leur commissariat et n’en sortir qu’après un appel. Les rondes en voiture sont en effet polluantes et essentiellement inutiles (seules un pourcentage infime des rondes en voitures aboutit à une intervention policière). Pourtant, nous acceptons que les rondes de police « inutiles » sont un élément essentiel de la sécurité d’une ville ou d’un quartier (moyennant que vous ayez confiance envers les forces de police).

Pour Bitcoin, c’est pareil : les calculs inutiles garantissent la sécurité et la décentralisation. Des alternatives au Proof of Work sont étudiées mais aucune n’a encore été démontrée comme fonctionnelle. Il n’est même pas encore certain que ces alternatives soient possibles !

L’optimisation, une étape nécessairement tardive

Une des règles majeurs d’ingénierie c’est qu’avant d’optimiser quoi que ce soit dans un projet, il faut garantir que le projet est correct.

On n’essaie pas de rendre plus rapide un programme informatique qui renvoie des valeurs erronnées. On ne rend pas plus aérodynamique un avion qui ne vole pas. On n’essaie pas de limiter la consommation d’un moteur qui ne démarre pas.

Lors de la phase expérimentale, la consommation de ressources est maximale.

Elon Musk a utilisé toute une fusée juste pour envoyer une voiture dans l’espace. Non pas par gaspillage mais parce que concevoir une fusée nécessite des tests “à vide”.

Bitcoin est encore dans cette phase expérimentale. Le système est tellement complexe et se doit de garantir une telle sécurité qu’il doit d’abord prouver qu’il fonctionne avant qu’on envisage d’optimiser sa consommation en électricité. Comme le disait Antonopoulos, dire “En 2020, le Bitcoin consommera plus que tout la consommation actuelle mondiale” revient à dire à une femme enceinte “Madame, à ce rythme, dans 5 ans, votre ventre aura la taille de la pièce”.

Donc oui, comme tout système humain, le Bitcoin pourrait sans doute polluer moins. Et je suis certains que, dans les prochaines années, des propositions en ce sens vont voir le jour. C’est d’ailleurs déjà le cas si on considère la consommation liée au nombre de transactions car l’amélioration “Lightning Network” va permettre de réaliser des milliers de transactions Bitcoin pour un coût quasi nul, y compris en termes de consommation électrique. Mais les comparaisons coût par transaction sont de toutes façons pour la plupart malhonnêtes car elles ne prennent généralement pas en compte toute l’infrastructure bancaire sur laquelle s’appuient les solutions comme VISA ou MasterCard.

Une autre règle de l’optimisation est qu’avant toute optimisation, il faut mesurer pour tenter d’optimiser les points les plus critiques. En effet, rien ne sert de diminuer de même 90% la consommation électrique des ampoules si les ampoules ne représentent que 0,01% de la consommation globale mais que l’air conditionné, par exemple, représente 30% de la consommation globale. J’invente les chiffres mais ça vous donne une idée. C’est un principe bien connu des développeurs informatiques qui, après des jours à diviser par deux le temps d’une fonction, se rendent compte que cette fonction ne prend qu’un millième du temps total d’exécution. Il s’ensuit qu’avant de chercher à optimiser Bitcoin à tout prix, il est nécessaire de voir quelle sera sa consommation lors des utilisations futures et mesurer si c’est bien lui qui consomme le plus. Cela pourrait être nos smartphones. Ou ces écrans publicitaires lumineux qui nous aveuglent la nuit.

Pourquoi un tel acharnement ?

J’espère qu’à ce point de la lecture, vous avez compris le nombre d’erreurs de logique nécessaires pour arriver à la conclusion “Bitcoin est un monstre de pollution qui va détruire le monde et les bébés phoques”.

Mais du coup, pourquoi un tel acharnement ?

Pour deux raisons.

Premièrement, c’est du sensationnalisme et ça se vend. Dire “Le Bitcoin consomme autant que le Maroc” ne veut rien dire rationnellement mais ça fait réagir, ça pousse les gens à s’indigner, à partager l’article et à faire vivre les publicitaires qui financent les médias. Avez-vous une idée de la consommation électrique qu’engendre la publicité sur le net ?

Le deuxième point c’est que les médias sont financés par les publicitaires et par les états. Tout ce petit monde pressent bien que le Bitcoin peut bouleverser les choses. Nulle théorie du complot nécessaire ici, mais il va sans dire qu’un sujet qui décrédibilise une technologie dangereuse pour la souveraineté des états et qui verse dans le sensationnalisme est du pain béni. La peur et l’ignorance sont devenus les deux moteurs de la presse qui n’est plus qu’une machine à manipuler nos émotions.

Vous lirez rarement des articles dont le titre est “Le Bitcoin a consommé moins en 2017 que les datacenters Google en 2015” ou “Si la moitié du parc automobile belge était des Tesla, elles consommeraient plus que le réseau Bitcoin”. Ces titres ne sont pourtant pas moins faux que ceux que vous lisez habituellement. Mais écrire un article comme celui que vous êtes en train de lire en ce moment demande à la fois de la compétence et du temps. Le temps est un luxe que les journalistes, acculés par la rentabilité publicitaire, ne peuvent plus se permettre. Si nous devions facturer notre travail, aucun média financé par la publicité ne pourrait nous rétribuer le temps passé à un tarif raisonnable.

Moralité

De manière étonnante, les personnes les plus convaincues que le Bitcoin est une catastrophe écologique sont celles qui ne connaissent absolument rien au domaine.

Dans la littérature académique, on peut même lire que, potentiellement, le Bitcoin pourrait devenir la manière la plus efficace de transformer de l’électricité en argent, empêchant les états de subsidier l’électricité afin de maintenir un prix artificiellement bas et d’attirer les grosses usines. À terme, le Bitcoin pourrait donc forcer une optimisation du réseau électrique mondial et favoriser le développement des productions d’électricité plus locales, moins centralisées (voir par exemple “Bitcoin and Cryptocurrency Technologies”, p. 122-123, par Narayanan, Bonneau, Felten, Miller et Goldfeder).

Il n’est pas impossible que le Bitcoin signe la fin des centrales à charbon et des méga centrales nucléaires. Mais ce genre de possibilité n’est tout simplement jamais évoquée dans les feuilles de chou sponsorisée par l’état et les vendeurs de voitures.

Ce simple exemple devrait vous alerter sur la facilité avec laquelle nous sommes manipulés, avec laquelle on nous fait avaler n’importe quoi, surtout sur des domaines que nous ne connaissons pas.

Et si vous avez investi dans un « concurrent à Bitcoin qui est écologique et qui va dépasser Bitcoin », et bien, aussi dur à admettre que cela puisse être, vous vous êtes probablement fait avoir (ce qui ne vous empêchera peut-être pas de faire des bénéfices sur le dos d’autres investisseurs arrivés après vous).

Alors, oui, le Bitcoin consomme de l’électricité. Mais c’est normal, c’est un système très complexe qui offre énormément de choses. Il consomme cependant moins d’électricité que bien d’autres systèmes que nous acceptons et qui sont certainement moins utiles ou qui n’ont pas été sélectionnés comme tête de turc par les médias. Vous avez souvent lu des articles sur la consommation électrique de l’industrie de l’or, de l’aluminium ou de l’industrie du surgelé ? Et si, en fait, pour ce qu’il propose le Bitcoin était extrêmement écologique ?

Ce n’est pas une raison pour ne pas encourager les améliorations visant à ce que Bitcoin consomme moins. Mais peut-être qu’on peut arrêter de ne se tourner que sur cet aspect et se concentrer sur des questions certainement plus intéressantes. Par exemple : qu’est-ce que le Bitcoin (ou ses successeurs) va changer dans nos vies et nos sociétés ?

 

UPDATE 10 avril 2018 : suppression d’un paragraphe qui disait de manière erronée qu’un moteur à essence est plus efficace qu’un moteur électrique. C’est bien entendu faux.

 

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Comment Facebook gagne de l’argent

mercredi 28 février 2018 à 13:41

Savez-vous comment Facebook gagne de l’argent ? Par la publicité, bien entendu. Mais quel est le mécanisme exact ? Qui paie et pour quoi en échange ? Et quelles en sont les conséquences de ce modèle ?

Les pages Facebook

Sur Facebook, les utilisateurs comme vous et moi sont limités à 5000 amis maximum. Devenir ami nécessite l’acceptation des deux parties.

Les pages, au contraire, ne sont pas limitée à des personnes physiques et peuvent être « aimées » par un nombre illimité de personnes.Les contenus d’une page sont toujours publics et leur but est de toucher un maximum de personnes. Pour cette raison, Facebook permet aux administrateurs d’une page d’avoir des statistiques complètes sur le nombre d’utilisateurs qui ont interagi avec une publication.

Il semble donc logique pour tout business, même local, de se créer une page. Cela vaut pour les associations, les artistes, les politiciens, les groupes citoyens ou les blogueurs. La page Facebook semble être un outil idéal pour faire entendre sa voix.

Il y’a cependant une petite subtilité. Si un individu aime cent pages qui publient chacune dix contenus par jour, il est impossible pour cet individu de consulter mille contenus, sans compter ceux de ses amis.

La mise en avant des contenus

Pour résoudre ce problème, Facebook décide des contenus « les plus intéressants » en se basant sur ce qui a déjà été aimé par d’autres utilisateurs. Les contenus nouveaux et originaux ont donc très peu de chance de se propager car pour être aimé, il faut être diffusé et pour être diffusé, il faut être aimé.

L’administrateur de la page sera tout triste et déçu en consultant ses statistiques. 1000 personnes aiment sa page et, pourtant, son contenu n’a été lu qu’une dizaine de fois !

À ce moment, Facebook propose à notre administrateur de payer pour être vu plus de fois. Après tout, qu’est-ce que 10€ pour obtenir 1000 vues supplémentaires ?

Lorsque j’ai créé mon premier site web, au 20ème siècle, il était courant d’avoir un compteur du nombre de visites reçues. Au plus le chiffre de ce compteur était important, au plus le site paraissait avoir du succès. Il n’était pas rare de rafraichir les pages pour incrémenter son compteur.

Facebook a littéralement réussi à faire payer les créateurs de contenus pour incrémenter leur compteur. Tout en fournissant le compteur en question !

Les conséquences de ce modèle

Ce système, très rentable, a plusieurs conséquences.

Premièrement, cela signifie Facebook a tout intérêt à ce que les contenus des pages ne payant pas soient très peu consultés. Si vous avez une page Facebook et que vous ne payez pas, comme moi, vos contenus seront très peu diffusés, même chez ceux qui aiment votre page. Sauf cas exceptionnel où un contenu se révèle très populaire, les gens qui aiment votre page… ne verront pas votre contenu car Facebook n’a pas intérêt à les diffuser.

Malgré 50 « J’aime » et 17 partages (ce qui est pour moi un véritable succès), le nombre de « personnes atteintes » est à peine le nombre de personne qui aime ma page. Et, par « personne atteinte », Facebook veut dire « personne pour laquelle ma publication s’est affichée dans le flux ». Cela ne signifie pas que la personne a vraiment vu ma publication et encore moins qu’elle l’aie lu.

Si vous payez, ce que j’ai testé, Facebook va vous montrer que les chiffres augmentent mais qu’il faudrait payer un poil plus pour vraiment toucher un large public. À l’exception des publications qui visent un public très local et donc limité (un cas particulier pour lequel Facebook fonctionne très bien grâce au ciblage géographique), il est tentant de payer un peu plus chaque fois.

Deuxième conséquence de ce modèle, le système va automatiquement favoriser des contenus commerciaux pour lequel il est rentable de payer de la publicité : essentiellement des sites de vente ou des événements commerciaux. Pire : le nombre de lecteurs potentiels étant limité, au plus les gestionnaires de pages paieront, au moins ils toucheront de personnes ! Mais un auteur comme moi n’a aucun intérêt à payer car il n’a rien à gagner directement. Pareil pour les mouvements citoyens ou les événements non-commerciaux. Les contenus non-commerciaux sont donc moins importants pour Facebook ! Facebook transforme notre monde en gigantesque centre commercial où les voix non commerciales sont étouffées !

À partir d’un certain niveau de paiement, Facebook doit quand même se montrer rentable. Ils vont donc permettre de cibler aussi précisément que possible votre public. Vous voulez toucher des hommes de 35-40 ans dans la région parisienne qui aiment une page liée au vélo ? C’est possible. Vous voulez cibler des jeunes qui se sentent mal dans leur peau pour accroitre l’impact de votre marque ? C’est possible.

Enfin, la dernière conséquence de ce système c’est que tout message que vous postez sur Facebook sert à attirer vos amis afin de pouvoir leur afficher des contenus qui ont été payés. C’est la raison pour laquelle les contenus non-commerciaux existent encore : ils servent à vous faire revenir sans cesse sur Facebook. Et ils permettent de mieux vous étudier afin d’affiner le ciblage publicitaire.

Les producteurs de télévision disent produire des émissions afin de pouvoir glisser des publicités, d’offrir du temps de cerveau aux annonceurs. Facebook n’a même plus à se donner cette peine : nous sommes les producteurs et nous vendons le cerveau de nos amis aux publicitaires. En faisant cela, nous mettons nous-mêmes notre cerveau à disposition. C’est évidemment génial.

Réagir

Si abandonner Facebook n’est pas souhaitable pour tout le monde, il me semble important d’au moins prendre conscience du fonctionnement de ce réseau social et de ce que nous lui offrons à chaque fois que nous postons un message ou consultons notre fil. Il est également primordial que de comprendre qu’un tel réseau social renforce des interactions purement commerciales au détriment de tout le reste du spectre des échanges humains.

Facebook reste malheureusement un outil difficilement contournable et j’expliquais comment nous pouvions l’utiliser à notre avantage. Mais je vous encourage également à me suivre sur des réseaux sans publicités comme Mastodon et Diaspora afin de casser l’hégémonie du tout commercial. Et à me contacter sur Signal ou sur Wire (@ploum) afin que le fait que nous soyons en interaction ne soit pas une donnée de plus dans notre profilage publicitaire (pour rappel, Whatsapp appartient à Facebook).

 

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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