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[LeDevoir] ll y a 30 ans naissait le Web

mercredi 20 mars 2019 à 11:00

« On a connecté le monde, mais on a aussi connecté toute la merde qui allait avec. » Au téléphone, Ben Segal, ingénieur au laboratoire du CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, est tout sauf lénifiant lorsqu’il remonte le fil de l’histoire du Web, dont il a accompagné la naissance. […]

« La décentralisation, les protocoles ouverts, c’est l’idée de départ, dit Alexis Fitzjean, membre de La Quadrature du Net, un organisme européen qui milite pour un Web plus proche de son idéologie originelle. Il faut revenir à cette idée de l’internaute producteur et diffuseur de l’information, mais aussi imposer des interfaces de programmation [les fameuses API] ouvertes qui permettraient à un usager de ne plus être captif d’un réseau social et de migrer vers un autre, sans peur de perdre son historique, ses données personnelles ou ses contacts. » […]

https://www.ledevoir.com/societe/549634/ll-y-a-30-ans-naissait-le-web

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[Contexte] La Quadrature du Net : « Emmanuel Macron n’est pas pour l’Europe des libertés, mais pour l’Europe des Gafam »

mardi 19 mars 2019 à 11:00

[Série] Un an et demi après l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir et alors que se profilent les européennes, Contexte donne la parole à des acteurs privés français impliqués sur les sujets numériques. Quel bilan font-ils de ce début de présidence et du marché unique numérique ? Quels sont leurs souhaits pour la suite ? Sixième volet avec Arthur Messaud et Martin Drago, juristes à La Quadrature du Net. […]

« On entend souvent dire qu’Emmanuel Macron est européen, c’est faux ! Il ne respecte pas l’arrêt Tele2 de la Cour de justice de l’Union européenne, un arrêt protecteur pour les libertés publiques, qui interdit de mettre les acteurs privés au service de la surveillance de masse. Il veut même aller plus loin, avec la loi sur les contenus haineux. Il n’est pas pour l’Europe des libertés, mais pour l’Europe des Gafam et des grosses entreprises. » […]

https://www.contexte.com/article/numerique/la-quadrature-du-net-emmanuel-macron-nest-pas-pour-leurope-des-libertes-mais-pour-leurope-des-gafam_98253.html

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[20Minutes] Cambridge analytica: « Le scandale a montré que les politiciens sont aussi malhonnêtes que les autres »

lundi 18 mars 2019 à 11:00

INTERVIEW. Benjamin Bayart, cofondateur de la Quadrature du Net, revient sur le scandale Cambridge analytica et ouvre les portes à la démocratie du futur. […]

Benjamin Bayart, cofondateur de la Quadrature du Net, animera la conférence « La démocratie à l’épreuve des réseaux sociaux » au Grand Barouf du numérique de Lille le 21 mars. Pour donner un avant-goût à cette réflexion, il revient avec 20 Minutes sur cette manipulation de grande ampleur et ouvre les portes à la démocratie du futur. […]

https://www.20minutes.fr/high-tech/2473643-20190317-cambridge-analytica-scandale-montre-politiciens-aussi-malhonnetes-autres

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Censure antiterroriste : seconde défaite au Parlement européen

vendredi 15 mars 2019 à 15:56

Au Parlement européen, les deux commissions appelées à rendre leur avis sur le règlement de censure anti-terroriste ont désormais publié leurs propositions d’amendements. Hélas, de même que l’avis rendu par la commission IMCO la semaine dernière (voir notre réaction), l’avis de la commission CULT (culture et éducation) n’apporte aucun véritable changement à la proposition initiale de la Commission européenne, désastreuse pour nos libertés.

Lire notre dossier sur le règlement.

Julie Ward, rapporteure du texte pour CULT, introduit l’avis en expliquant bien les menaces que représente le texte, de même que nous les dénonçons depuis des mois : le délai d’une heure que la police peut imposer à n’importe quel service pour retirer un contenu qu’elle considère « terroriste », l’élimination du rôle de l’autorité judiciaire, la possibilité pour la police d’imposer aux plateformes des mesures proactives (notamment des filtres automatisés), les amendes considérables pour tous les acteurs de l’Internet qui ne respecteraient pas ces obligations…

Mais presque aucune de ces inquiétudes ne sont matérialisées dans le texte final adopté lundi par la commission CULT. Au contraire.

S’agissant du délai d’une heure, CULT propose de le remplacer par un « sans retard indu ». Ce qui pourrait paraître pour un premier progrès disparaît aussitôt qu’on lit la suite du texte : « les États Membres peuvent prévoir que, lorsqu’un contenu terroriste est manifestement nocif ou constitue une menace immédiate à l’ordre public, les services d’hébergement doivent le supprimer ou en empêcher l’accès dès l’instant où ils reçoivent une injonction dûment justifiée » (notre traduction). Ainsi, contre toute attente, les députés de CULT ont réussi à rendre cette disposition encore plus dangereuse, permettant aux États Membres de donner à leur police le pouvoir d’exiger le retrait immédiat d’un contenu. Tel que nous le rappelons dans chacune de nos analyses, seule une poignée d’acteurs sont capables de respecter une obligation aussi stricte : les géants du Web. Alors que nous pensions que la proposition initiale de la Commission européenne ne pouvait être aggravée, la commission CULT a défié toutes nos attentes.

Aucun progrès non plus du côté de l’autorité compétente qui peut ordonner le retrait de ces contenus : le texte prévoit que les États membres peuvent désigner une autorité judiciaire ou « une autorité administrative indépendante disposant de l’expertise requise ». Néanmoins, une telle notion pourrait concerner de nombreuses autorités administratives et il ne fait aucun doute que certains États interpréteront cette notion de la manière la plus profitable pour eux. L’article 6 dans lequel l’autorité compétente peut imposer des mesures proactives aux hébergeurs est également toujours présent, tout comme les sanctions financières (si la version de la Commission prévoyait que les acteurs pouvaient être sanctionnés jusqu’à 4% de leur chiffre d’affaires, CULT propose de baisser à 2%…)

Des changements aussi timides ne permettront jamais de régler les principaux dangers qui existent au cœur de ce texte : l’existence de mesures proactives obligatoires avec la menace de lourdes sanctions financières n’aura pour effet que d’encourager les acteurs de l’Internet à adopter une définition de la notion de contenu terroriste aussi large que possible. Cela mènera à une censure de masse des contenus en ligne et à la soumission de l’ensemble de ces acteurs aux outils de modération développés par les géants du Web.

Dernière ligne droite

Il revient maintenant à la commission LIBE (Libertés civiles, justice et affaires intérieures) de voter sa version du texte qui sera présentée en avril à l’ensemble du Parlement européen. Les députés de cette commission et les « shadow rappporteurs » se rencontrent en ce moment régulièrement pour trouver des compromis sur les points les plus problématiques du texte, avec l’objectif d’arriver à une position finale d’ici le 21 mars, jour du vote. Nous craignons malheureusement le pire : les compromis que nous avons pu pour l’instant lire ne sont pas bons du tout, et même aussi mauvais que l’avis de CULT. Ils ne prévoient toujours aucune autorisation judiciaire préalable, remplacent le délai d’une heure par un délai de huit heures (ce qui ne change rien) et promeuvent toujours le filtrage automatique…

Il est plus que jamais nécessaire d’appeler vos députés. Pour cela, nous avons prévu une page dédiée sur notre site avec une analyse du texte et un outil pour contacter les députés en charge du règlement.

Appelez vos députés. Demander le rejet de ce texte.

Rachida Dati porte-parole de la politique sécuritaire de Macron au Parlement européen

mardi 12 mars 2019 à 15:21

Alors que le vote sur le règlement de censure terroriste aura lieu le 21 mars (voir notre site de campagne), Rachida Dati a adressé à l’ensemble des députés européens en charge du texte, une lettre dans laquelle elle soutient la position la plus sécuritaire du Parlement européen. Nommée cheffe de file sur ce dossier par le groupe politique de droite (le Parti populaire européen – PPE, le plus important du Parlement), elle y défend les intérêts politiques d’Emmanuel Macron, en faveur d’un contournement de la justice et d’un assujettissement du Web européen à Google et Facebook.

Le 27 février dernier, Rachida Dati envoyait à l’ensemble des 60 députés de la commission LIBE (« liberté civile », qui votera le texte le 21 mars) une lettre les invitant à adopter le règlement dans sa version la plus sécuritaire possible (voir la lettre (PDF)). Refusant tout débat objectif, Mme Dati se moque que ce texte soit inutile, qu’il méprise la séparation des pouvoirs en permettant des censures massives sans juge, qu’il détruise nos libertés sur Internet ou qu’il annihile l’écosystème numérique européen. Elle semble ne chercher qu’un symbole politique facile pour ses prochaines élections : se positionner en tant que héraut de la lutte contre le terrorisme.

Le mythe de l’auto-radicalisation

D’entrée de jeu, elle fait sienne la rhétorique trompeuse de la Commission européenne, arguant que le règlement de censure terroriste « est un outil crucial pour renforcer la lutte contre le terrorisme et la radicalisation en Europe ». Comme la Commission, elle refuse tout débat basé sur des faits, préférant fonder son action politique sur les sentiments de crainte et d’urgence. Si Rachida Dati acceptait de s’en tenir aux faits, sa conclusion serait pourtant bien différente : en 2017, l’UNESCO publiait un rapport analysant 550 études sur la question de la radicalisation en ligne et concluant que « les données sont insuffisantes pour que l’on puisse conclure à l’existence d’un lien de cause à effet entre la propagande extrémiste ou le recrutement sur les réseaux sociaux et la radicalisation violente des jeunes ». En face, ni Rachida Dati, ni la Commission européenne, ne sont capables de produire des études soutenant leurs théories.

Cette situation n’est pas nouvelle. Comme elle le rappelle dans sa lettre, Rachida Dati a été, en 2015, la rapporteure d’une « résolution du Parlement européen sur la prévention de la radicalisation et du recrutement de citoyens de l’Union par des organisations terroristes ». Cette résolution souffrait des mêmes défauts, affirmant déjà au doigt mouillé, sans aucune évaluation concrète ni chiffrée, que « l’internet et les réseaux sociaux constituent des plateformes importantes utilisées pour accélérer la radicalisation et le fondamentalisme, car ils permettent une diffusion massive et rapide, à l’échelle mondiale, des messages de haine et d’apologie du terrorisme » (nous le dénoncions déjà alors).

Plus grave encore, cette résolution parlementaire de 2015 « exprime ses vives inquiétudes face à l’utilisation croissante des techniques de cryptage par les organisations terroristes qui rendent impossibles la détection et la lecture de leurs communications ». Invoquer le prétexte terroriste pour lutter contre le chiffrement de nos communications est malheureusement devenu un lieu commun. Heureusement, Rachida Dati nous fait grâce de ce serpent de mer dans les débats actuels.

Dans tous les cas, il devient ainsi difficile de dire aujourd’hui qui d’Emmanuel Macron ou de Rachida Dati reprend la politique de l’autre. L’approche sécuritaire, prise par Nicolas Sarkozy lorsque Madame Dati faisait parti de son gouvernement, n’est en rien différente de celle d’Emmanuel Macron. Tous reposent sur la mise en avant de solutions simplistes, ignorant les faits ainsi que leurs conséquences concrètes, espérant que leur électorat soit plus sensible à la peur qu’à la raison.

Destruction de l’écosystème numérique européen

Dans la lettre envoyée à ses 60 collègues de la commission LIBE, Rachida Dati « appelle le Parlement à soutenir le délai d’une heure pour exécuter les injonctions de retrait ». Face aux réalités d’une telle obligation, Madame Dati feint d’avoir « entendu et compris les préoccupations de différents acteurs, notamment des PME ». En vérité, elle en méprise totalement les intérêts.

Aucune petite ou moyenne plateforme ne peut supprimer en une heure un contenu signalé comme terroriste par la police (pour la simple raison, déjà, que répondre à cette demande la nuit ou le weekend n’est possible que pour les entreprises les plus importantes). Madame Dati ne propose aucune marge d’ajustement pour ces plateformes, faisant primer ce délai magique d’une heure sur toute autre considération.

L’écosystème numérique européen n’a qu’à disparaître, soumis à des obligations intenables sous la menace de lourdes sanctions. Ceci n’affectera en rien la stratégie électoraliste de Rachida Dati qui, manifestement, pense qu’une position aussi symbolique qu’absurde contre le terrorisme l’aidera à gagner la mairie de Paris (pour laquelle elle vient d’annoncer se présenter).

Surtout, cet acharnement symbolique est parfaitement vain : l’extrême majorité des plateformes en ligne font déjà de leur mieux pour supprimer les contenus terroristes, qu’ils soient ou non signalés par la police. Aucune plateforme n’a d’intérêt à héberger de tels contenus, si ce n’est à vouloir effectivement participer à leur diffusion. Contre des plateformes qui souhaiteraient cela, le règlement de censure terroriste ne prévoit rien, car aucune loi ne peut rien faire contre : ces plateformes pourront toujours s’installer n’importe où pour échapper à la loi (elles le font déjà) et seront toujours accessibles par leur public.

Renforcer la dépendance à Google et Facebook

Rachida Dati affirme auprès de ses collègues que « ces dernières années ont prouvé qu’avec le développement technologique les grandes plateformes telles que Google, Facebook et Twitter ont atteint de bons résultats » en matière de censure des contenus terroristes. Un tel éloge des GAFAM, qui ne se base toujours pas sur une analyse chiffrée, fait directement écho à la façon dont Mounir Mahjoubi promeut Facebook en héros de la modération contre la haine sur Internet (voir notre analyse). À chaque fois dans le même but : conforter la position dominante des géants du Web qui sont devenus les alliées de gouvernements souhaitant toujours plus surveiller et contrôler la population.

Encore une fois, les acteurs qui offrent des modèles alternatifs, plus respectueux de notre vie privée et de notre liberté d’expression (revoir notre article à leur sujet), sont appelés à disparaître ou, au mieux, à se placer sous la dépendance de ces géants. Rachida Dati reprend ainsi la rhétorique de la Commission européenne, en « soutenant fortement la proposition sur les mesures proactives » que les plateformes devront obligatoirement déployer pour détecter et supprimer les contenus terroristes.

La Commission européenne explique ainsi, au côté du ministère de l’intérieur français, que les outils de filtrage développés par Facebook, Google, Twitter et Microsoft depuis 2015 pour leur plateformes doivent maintenant être utilisés par l’ensemble des acteurs du Web (lire notre analyse sur la genèse du règlement). La zone d’influence des GAFAM continue de s’étendre, avec le soutien total des gouvernements européens et, ici, de Madame Dati.

Une démarche purement électoraliste

Rachida Dati ne cache pas le sens de son engagement : « Nous devons voter ce rapport avant la fin du mandat. Tout délai à son adoption serait non seulement une sérieuse erreur politique, mais aussi un affront aux citoyens qui demandent à l’Union européenne de les protéger ».

Puisque ce règlement n’apportera aucune protection, c’est uniquement la peur des citoyens qui l’intéresse. On comprend alors très bien pourquoi ce serait une « sérieuse erreur politique » de ne pas en jouer, alors qu’elle ne compte pas se représenter au Parlement européen, mais qu’elle doit justifier, dans l’urgence, son mandat européen assez creux, afin de poursuivre sa carrière politique française.

C’est pourtant la démarche inverse que doit adopter le Parlement européen : forcé de débattre d’un texte aux conséquences aussi lourdes en seulement quelques semaines, il ne pourra prendre que les pires solutions. Aucun débat législatif ne doit être conduit dans l’urgence électoraliste. Certes, les craintes que la composition du prochain Parlement européen soit encore plus à droite et proche d’Emmanuel Macron ne sont pas à prendre à la légère. Mais, contre toute projection politicienne, nous préférons la sagesse des débats longs, précis et rigoureux.

Pour repousser la censure automatisée, le contournement du juge et la GAFAMisation du Web, appelons les députés européens avant le 21 mars via notre site d’action.

Les citations de la lettre de Rachida Dati sont des traductions de notre part, de l’anglais vers le français.